Jusqu'à ce jour, Fédor Sharp avait vécu sans se préoccuper grandement de tous ces détails; maintenant, chaque objet nouveau qu'il découvrait lui arrachait un cri de joie; il le prenait, l'examinait comme s'il ne l'eut jamais vu, s'attendrissait même en le plaçant avec soin en un endroit où il ne pût ni se gâter, ni se détériorer.
—Allons! Allons! murmura-t-il en se frottant les mains avec satisfaction, si aucun incident nouveau ne se produit, je pourrai vivre encore passablement.
Cependant, une vive déception l'attendait au réservoir à air, et il poussa une exclamation presque terrifiée, lorsque, consultant le manomètre indicateur, il constata que le réservoir était à peu près vide.
Il courut aux soutes, espérant y découvrir quelques-uns de ces petits barils d'acier remplis d'oxygène liquide qu'Ossipoff avait emportés de la Terre; il en restait exactement une demi-douzaine.
C'était une quinzaine de jours à vivre et encore fallait-il ne point faire de prodigalités, c'est-à-dire n'exécuter aucun travail fatigant exigeant une respiration plus abondante et, conséquemment, une surabondance d'oxygène.
À la grande rigueur, Sharp eût pu, avec cette provision, vivre pendant un mois, six semaines peut-être, mais à la condition de demeurer étendu sur son hamac et d'employer son temps à des lectures, sorte de travail qui ne fatigue pas les poumons et ne les force pas à une consommation extraordinaire.
Mais l'immobilité ne pouvait convenir à un tempérament comme Sharp dont l'esprit, toujours en mouvement, exigeait une activité corporelle que condamnait la minime réserve d'air sur laquelle il pouvait compter.
Il secoua la tête pour chasser jusqu'à la pensée de cette existence de moine que venaient de lui suggérer les six bidons d'oxygène liquide.
—Il faudra trouver autre chose, murmura-t-il d'une voix ferme,... car je veux vivre...
Oh! oui, il voulait vivre, il le voulait ardemment, et cela pour satisfaire les deux seules passions que se partageassent son âme; la vengeance et la gloire.