Pendant que l'ex-secrétaire de l'Académie des sciences de Pétersbourg se livrait à ces travaux d'installation, la comète qui le portait poursuivait invariablement, mais avec une vitesse décroissante, son chemin vers l'aphélie.

Mars s'était perdu au fond des cieux et n'était plus, pour l'unique habitant du noyau cométaire, qu'une belle étoile du soir et du matin; la Terre, Vénus, Mercure n'existaient plus pour lui, noyés qu'ils étaient dans l'irradiation solaire; quant à l'astre central, l'arc sous-tendu par son disque allait diminuant de jour en jour.

Au moment même où Ossipoff et ses compagnons étaient emportés vers le pôle austral de Mars, par l'épouvantable tempête qui ravageait la planète rouge, Fédor Sharp traversait la zone des petites planètes et se dirigeait sur Jupiter dont la masse titanesque perturbait la marche de la comète de Tuttle.

Et, loin de s'épouvanter de la déviation formidable exercée sur l'ellipse de Tuttle par l'attraction de la planète géante, Sharp en conçut, au contraire, une satisfaction intense.

—Eh! eh! dit-il en se frottant les mains, un soir que son micromètre accusait une augmentation prodigieuse du disque jovien, encore quelques jours et je saurai à quoi m'en tenir sur les mystères du titan de notre univers.

Et son contentement se doublait de cette pensée qu'Ossipoff et ses compagnons, si toutefois ils avaient pu atteindre le but de leur voyage, étaient enchaînés sur le sol de Mars, sans aucun espoir de retour vers leur planète natale.

Lui, au contraire, allait, dans peu de temps, arriver à l'aphélie de la comète, contourner, à quelques millions de lieues à peine, Saturne, et reprendre, avec une vitesse croissante, le chemin du Soleil... et de la Terre.

La Terre!... atteindre la Terre!... voilà quel était l'objet de toutes ses pensées, le sujet de tous les rêves qui, durant ses longues nuits, troublaient son sommeil.