Quel moyen emploierait-il pour quitter le noyau cométaire qui lui servait de monture?

Cela, il ne le savait pas, il ne pouvait le savoir; tout dépendrait des circonstances dans lesquelles sa planète natale passerait à proximité; mais il était, dès à présent, résolu à tout tenter pour aller jouir, ne fût-ce que quelques mois, quelques heures même, de la grande auréole de gloire dont devait l'entourer le merveilleux voyage qu'il avait entrepris.

Une seule chose l'inquiétait, c'était le temps que mettrait la comète à parcourir dans l'espace les millions de lieues qui la séparaient de l'orbite terrestre.

Près de dix ans, Sharp devait demeurer sur le noyau de Tuttle, avant d'arriver en vue de la Terre!

Dix ans! Trouverait-il le moyen de prolonger son existence pendant aussi longtemps? Aurait-il la patience d'attendre?

Un moment, un projet insensé lui avait traversé la cervelle: augmenter la rapidité de sa course en diminuant le volume du corps qui le portait.

C'était risquer le tout pour le tout.

Mais ce moyen, admissible en théorie, était impraticable, vu que Sharp n'avait, à sa disposition, aucun explosif capable de disloquer le noyau cométaire.

Ah! s'il avait eu à sa disposition son laboratoire de Pétersbourg, il n'eût pas été embarrassé pour fabriquer, en quelques jours, une centaine de kilogr. de cette poudre dont il avait dérobé la formule à Ossipoff et qui lui avait permis d'exécuter son voyage céleste!

En désespoir de cause, il avait abandonné cette idée, remettant à une époque ultérieure le soin de chercher quelque autre combinaison.