—Alors, selon toi, n'est astronome que celui qui passe toute son existence avec l'œil vissé à l'oculaire d'une méridienne ou d'un équatorial?

—Dame! si dans ce fait de rechercher sur le papier la place exacte d'une planète, tu trouves quoique ce soit qui ait trait à l'astronomie!... cela prouve que Leverrier était d'une force remarquable en mathématiques,... qu'il jonglait avec les chiffres d'une manière étonnante...

—C'est bien heureux que tu lui concèdes cela, riposta narquoisement l'ingénieur.

—Mais, poursuivit Gontran; il n'était nullement besoin qu'il fût astronome pour se livrer à ses prodigieuses déductions mathématiques... Tout autre savant, assez patient pour demeurer, comme lui, quinze années durant en équilibre sur des colonnes de chiffres, en eût fait autant.

—Alors, pour toi, Leverrier n'est pas un astronome?

—Je ne veux pas te chicaner là-dessus,... ni enlever au docte corps auquel appartient M. Ossipoff, une gloire dont il s'enorgueillit;... je trouve, quant à moi, que le véritable inventeur de Neptune est, non pas celui qui lui a assigné une place dans le ciel, mais bien celui qui affirma son existence.

L'ingénieur eut un petit mouvement d'épaules qui prouvait que, tout en ne partageant pas cette opinion, il ne la trouvait cependant pas déraisonnable.

—Il est certain, répondit-il, qu'une bonne partie de la paternité de Neptune revient à Bouvard qui, le premier, en 1821, remarqua dans le mouvement d'Uranus certaines irrégularités.

—Et, de même que les irrégularités de Saturne avaient fait conclure à l'existence d'Uranus, de même, la marche singulière de cette dernière planète amena Bouvard à décréter qu'au delà des 733 millions de lieues où gravite Uranus, il y avait encore autre chose.