—Eh bien! c'est un signe que nous approchons... n'est-ce pas... que bientôt nous nous reverrons notre planète... que bientôt...
Il s'arrêta, suffoqué par l'émotion, épongea, avec son foulard de couleur, son front couvert de sueur, tandis que, de sa main demeurée libre, il serrait énergiquement, à la ronde, la main de Fricoulet, de Séléna et de Gontran, accouru au bruit...
Les assistants se regardaient assez embarrassés, ne sachant trop comment s'y prendre pour dissuader le brave Américain et lui expliquer que sa joie était un peu prématurée; ils savaient, par expérience, combien chez cet homme sanguin et violent les déceptions se manifestaient et ils hésitaient à parler.
Aussi, sans s'être donné le mot, tombèrent-ils tacitement d'accord pour laisser, momentanément, du moins, Farenheit dans son erreur; seulement, Fricoulet lui dit:
—Oui, c'est maintenant l'affaire de quelques quarante-huit heures.
—Tant que cela!... je croyais que notre vitesse...
—Notre vitesse va aller, diminuant un peu, en raison du changement d'hémisphère... et puis, il faut compter avec l'imprévu...
Les sourcils de Farenheit se froncèrent.
—Nous autres, Américains, répliqua-t-il rudement, nous ne comptons jamais avec l'imprévu; nous allons droit au but que nous nous sommes donné, en dépit des obstacles qui peuvent se dresser sur notre route...