Quel rang misérable dans l'ensemble de l'univers prend alors notre Soleil dont la grandeur, cependant, nous effraie, avec tout son cortège de mondes et de satellites.

C'est à peine si on se permet de le compter et de le comparer à ces colossales créations qui gravitent imperturbablement dans le désert sidéral.

Voilà ce que se disait Ossipoff, véritablement anéanti par ces pensées philosophiques qu'avait fait naître dans son esprit la contemplation trop prolongée des merveilles célestes.

Ses doigts avaient laissé rouler à terre le crayon dont il se servait pour prendre des notes et, un peu écarté du télescope, le coude sur ses genoux et le menton dans la paume de sa main, il tomba dans une rêverie profonde qui, insensiblement, se transforma en assoupissement, puis en sommeil.

Alors, un rêve bizarre, ou plutôt un cauchemar douloureux, vint le torturer, contre-partie du spectacle inoubliable auquel l'avait fait assister la rencontre des deux corps soudain transformés en nébuleuses.

La nature lui avait révélé le secret de la création et voilà que, devant ses yeux épouvantés, se dévoilait le mystère de la destruction!

Par un miracle que son cerveau négligeait de pénétrer, car il se contentait de constater les faits sans vouloir en rechercher les causes, en moins de quelques minutes, il eut la sensation de vivre des siècles, les derniers siècles de l'humanité terrestre...

Non!... rien ne meurt!... mais rien ne se crée!... (p. 229).

L'atmosphère qui entoure la Terre, ainsi qu'une enveloppe gazeuse, après avoir été diminuant chaque année, disparut soudain entièrement, laissant la planète sans défense contre les rayons ardents du soleil, pompant les mers, les fleuves et les ruisseaux.