Oh! ce froid!... quelle épouvantable torture! au milieu de son cauchemar, le vieux savant claquait des dents, frissonnait de tous ses membres! et, pourtant, bien qu'il pût fuir, il restait là, invinciblement immobilisé par sa curiosité.
La Terre était morte et la dernière famille humaine reposait, rigide, dans un linceul de glace.
Qu'allait-il arriver?
La nature n'allait-elle pas lui dévoiler ses mystères et, de ce quelque chose qui, tout à l'heure encore, existait, qui, maintenant, n'était plus, qu'est-ce que Celui qui crée tout et détruit tout allait faire?
Desséchée, solidifiée, pierreuse jusqu'à son centre, la planète terrestre continuait de rouler à travers l'espace, ne conservant plus que par un miracle d'équilibre, juxtaposés les uns aux autres, les matériaux dont elle se composait, et que, désormais, ne maintenait plus soudés aucune agrégation.
Alors, un spectacle stupéfiant s'offrit aux regards d'Ossipoff: la Lune, attirant à elle la planète, dont elle n'avait été jusque-là que le satellite, provoquait une marée gigantesque; mais ce n'étaient plus des flots liquides sur lesquels s'exerçait son attraction: c'étaient des flots de roches et de terres.
Puis, à l'attraction de la Lune, se joignit celle de Mars, de Vénus et des autres planètes avoisinantes et, peu à peu, roulant toujours sur elle-même, la Terre continuait sa route dans l'espace, se détraquant de toutes parts, semant, le long de son orbite, les fragments d'elle-même.
Alors, la Terre détruite, Ossipoff assista à la destruction du Soleil: depuis des siècles déjà, le centre de notre système solaire allait se refroidissant, abandonnant à l'espace sa chaleur extraordinaire; et un moment vint où, solide et obscur, usé à son tour ainsi que l'avait été sa planète, l'astre se désagrégea et s'éparpilla lui-même dans le vide en poussière cosmique...
Haletant et terrifié, Ossipoff, que ce spectacle faisait épouvantablement souffrir, ne pouvait cependant se décider à s'y soustraire, bien que, cependant, cela ne dépendît que de sa seule volonté: les Mondes étaient détruits! la Nature mourait-elle donc, ou bien, ainsi qu'il en avait philosophiquement la prescience, ne faisait-elle que se transformer?
C'était cela qu'il voulait savoir et c'est pourquoi, planant toujours, il suivait d'un regard anxieux les molécules terrestres et solaires qui voguaient dans le vide.