Spectacle étrange et plein de poésie qui, en toute autre circonstance, eût arrêté certainement les regards de l'astronome; mais, pour l'instant, il avait en tête trop de préoccupations pour songer même à envoyer un salut amical à ce monde lunaire que, trois ans auparavant, il avait visité dans de si étranges conditions.

Il rampait lentement vers l'arbre auquel était suspendue sa fusée, se guidant à l'aide d'une lanterne, dans laquelle se consumait tout ce qui restait d'huile dans l'obus; c'était à la flamme de cette lanterne qu'il devait allumer la mèche dont l'inflammation avait pour but de mettre le feu au mélange fusant de la cartouche.

La mèche avait été calculée pour brûler exactement deux minutes, de manière à ce que le savant eût le temps de s'amarrer solidement à la planchette du parachute.

Son chronomètre à la main, il attendit que l'aiguille marquât l'heure fixée par ses calculs; dans cent vingt secondes, Russia devait reprendre le chemin de l'espace. Il était temps d'agir.

D'une main ferme, Sharp approcha de la lueur tremblotante de la lanterne l'extrémité de la mèche, qui commença à se consumer durant que le savant s'asseyait sur la planchette, à laquelle il se fixait par une série d'ingénieuses courroies.

L'astéroïde—nous avons déjà eu l'occasion de le dire d'autre part—était animé d'un lent mouvement de rotation autour de son grand axe, ce qui procurait des jours et des nuits, de quatre heures chaque, à son unique habitant; or, au moment précis où l'ancien secrétaire approchait de la lanterne l'extrémité de la mèche, la face de l'astéroïde où se trouvait le fameux arbre auquel était suspendu le parachute, regardait la Terre, qui formait au-dessus de la tête de Sharp comme un vaste plafond sombre.

Soudain, de l'ouverture inférieure de l'immense fusée, une flamme claire jaillit tout à coup, une gerbe d'étincelles s'éparpilla dans l'air, tandis qu'avec une violente secousse l'appareil s'élevait obliquement dans l'espace, qui parut s'embraser.

Et, tandis qu'il filait avec une vitesse incroyable, Sharp regardait avec stupéfaction un foyer énorme d'incendie, allumé au-dessous de lui par la déflagration de la fusée.

C'était, sans aucun doute, sous l'influence de celle-ci que s'était enflammé l'hydrogène renfermé dans les flancs de l'astéroïde, et dégagé,—il ne pouvait comprendre encore sous l'influence de quelles raisons cosmiques. Ce qu'il y avait de certain, c'est que les flammes ravageaient la surface du dernier fragment de la comète de Tuttle.