L'air, trop raréfié à ces hauteurs, ne conduisait pas le son, et l'œil seul pouvait être impressionné par ce déchaînement des forces de la nature.
Brisé en morceaux énormes par l'explosion du gaz qu'il contenait dans ses flancs, l'astéroïde continuait sa marche dans l'espace, au milieu d'une fauve lueur rouge, rayonnée par son incendie; des fragments radieux montaient, descendaient au milieu d'un tourbillon d'étincelles incandescentes.
C'était la fin d'un monde.
Sans doute, Sharp se fût intéressé à la sublimité de ce spectacle s'il n'eût été inquiet de se voir suivi ou plutôt escorté dans l'espace par des débris, dont quelques-uns monstrueux, qui semblaient graviter autour de lui, et dont le plus petit eût suffi à le broyer et jeter aux quatre coins de l'univers céleste ses membres déchirés et pantelants.
Et puis, il n'était pas sans se demander ce qui allait se passer dans quelques instants, lorsqu'il aurait pénétré dans la zone d'attraction terrestre; les étoffes dont était composé son parachute seraient-elles assez fortes pour lutter victorieusement contre la résistance de l'air?
Brusquement, la flamme de la fusée s'éteignit: le mélange fusant avait épuisé toute sa puissance de propulsion, et Sharp, cramponné convulsivement aux cordelles de son parachute, se sentit précipité dans le vide avec une force inouïe, tel un projectile échappé à l'âme d'un engin.
Mais l'espace que, jusqu'à présent, une pluie de feu avait zébré jusqu'aux confins de l'horizon céleste, changea d'aspect, ou plutôt, il sembla au voyageur qu'un voile venait d'être tiré sur le paysage.
L'appareil venait de se retourner, et maintenant, en baissant les yeux, Sharp apercevait au-dessous de lui, à moins de cinquante kilomètres, la Terre, qui étendait indéfiniment son panorama, tout argenté par les rayons lunaires.
Une joie immense gonfla le cœur de l'ancien secrétaire perpétuel; après trois ans d'absence, enfant prodigue, il allait toucher le sol de sa planète natale, et lui, aujourd'hui encore ignoré, soldat obscur dans la grande armée des savants, il aurait demain le front nimbé de gloire, et son nom serait inscrit en lettres d'or sur le livre où s'enregistrent les faits et gestes des héros.
Mais le parachute se déploya et s'étendit comme une voile immense au-dessus de la tête du savant; instantanément, la chute qui durait depuis près de vingt minutes se ralentit et se transforma en descente; dans le sillage de l'appareil, des fragments cométaires descendaient aussi, et le problème, pour Sharp, consistait en ceci: ces roches atteindraient-elles le sol avant ou après lui? Avant, c'était le salut; après, c'était l'écrasement, c'était la mort.