—C'est précisément ce que je vous répondais dernièrement, au sujet de mon dessin sur la Grande-Ourse, fit Gontran enchanté de reprendre sa revanche.

Ossipoff lança en dessous, à celui qui devait être son gendre, un regard soupçonneux et ne dit plus rien.

Alors, Farenheit, la mémoire complètement rafraîchie par ce que venait de dire l'ingénieur, s'écria:

—Je me souviens très bien... puisque c'est moi qui suis sorti de ma cabine, pendant que tout le monde dormait, pour remettre en route l'Éclair, que l'on avait fait stopper, afin de laisser passer le bolide en question...

—Eh bien! continua Fricoulet, l'Éclair est venu donner tête baissée dans le bolide avec une telle force qu'il y est entré tout entier, mais pas assez puissamment cependant pour le traverser de part en part et ressortir de l'autre côté.

S'adressant à M. de Flammermont, il ajouta:

—Te rappelles-tu ce cauchemar épouvantable dont tu me fis le récit? ce n'était point un cauchemar, c'était bien la réalité, et tandis que notre esprit vagabondait par les espaces, continuant le voyage véritablement incohérent rêvé par M. Ossipoff, nos corps, tombés dans un coma voisin de la mort et ayant l'Éclair pour tombeau, reprenaient le chemin de la terre, dans le bolide qui emportait Sharp...

Il ajouta, avec un sourire un peu narquois:

—Voilà comment il se fait que nous soyons aujourd'hui sur notre planète natale, alors qu'il y a trois jours encore, nous en étions éloignés de plusieurs trillions de lieues.

Ossipoff avait saisi sa tête à deux mains, avec le geste naturel à ceux qui entendent d'invraisemblables choses, et il balbutiait: