Gontran eut un violent haut-le-corps, tout comme si la seule idée que l'on pouvait mettre en doute l'authenticité de ses calculs suffît à l'indigner.
—Plaisantez-vous? se contenta-t-il de répondre avec une dignité parfaitement simulée.
Ossipoff protesta.
—Ne vous froissez pas, mon cher ami, fit-il, car il était loin de mon intention de suspecter votre science... mais ce qui arrive est si extraordinaire, si invraisemblable que lorsque je vous aurai dit... vous trouverez ma question excusable...
L'inquiétude du jeune homme allait grandissant, car pour qu'un savant de la force d'Ossipoff ne s'y retrouvât plus, il fallait qu'il s'agît en effet d'un problème ardu, pour la solution duquel toute sa «roublardise» serait inutile.
—Parlez, monsieur Ossipoff, dit-il d'une voix qu'il chercha à affermir, et si mes modestes lumières peuvent vous être de quelque utilité...
—Donc, vos calculs sont justes, vos observations sont exactes, nous avons atteint la Voie Lactée et dépassé l'étoile la plus proche de notre système solaire.
—Α (alpha) du Centaure... c'est parfaitement cela.
—À notre droite, se trouve bien l'amas de soleils que les astronomes terrestres ont relevé dans cette constellation et nous sommes à proximité de la Croix-du-Sud?
Ces derniers mots n'étaient plus aussi assurés que le commencement de la phrase; mais ils étaient prononcés sur un ton interrogatif qui ne laissa pas que de rendre le jeune homme quelque peu perplexe...