—Comment sais-tu?
—J'écoutais à la porte... par prudence...
Ossipoff, cependant, les sourcils froncés et la mine renfrognée, dit à Fricoulet:
—Je vous remercie de votre empressement... mais je désirerais, avant de descendre à la machinerie, terminer une conversation...
Alors, Gontran, sans lui laisser le temps d'achever, dit à Fricoulet avec ce sérieux imperturbable qui était sa grande force:
—Nous allons voir si tu te souviens des explications que je t'ai données hier sur le changement auquel il fallait nous attendre dans l'aspect du ciel...
Se retenant pour ne pas pouffer de rire, l'ingénieur répondit aussitôt, du même ton qu'un écolier qui répète une leçon...
—Il y a à ce changement deux raisons: la première est la différence de distance existant entre les deux points d'observation, c'est-à-dire la Terre et le wagon dans lequel nous nous trouvons; il y a là une règle d'optique sous le coup de laquelle tombent les astres; la seconde raison est due à la rapidité avec laquelle la lumière franchit la distance qui sépare de la Terre les constellations dans le voisinage desquelles nous nous trouvons, et entre autres, la Croix-du-Sud.
Ossipoff plissa les paupières, cherchant à deviner où voulait en venir le jeune ingénieur et murmura d'une voix revêche.