Ces veuves, riches de loisir, disposant d’un hôtel superflu contigu au leur, ont eu l’idée d’ouvrir, rue Duperré, un cercle de femmes: Ladies club.

C’est un nid capitonné, élégant, froufroutant. Il est spacieux et intime. Une table d’hôte offre ses succulences à la gourmandise, péché mignon des jolies bouches, et surtout péché tardif. Rien n’est omis de ce qui est indispensable. Les cabinets de toilette sont à souhait machinés pour les ablutions. Le cercle a bibliothèques, vaporisateurs et poudre de riz.

On lira. Comme on ne s’est pas bâti un refuge pour bâiller sur ses lectures, les journaux de mode seront abondants. La forme des ouvrages préoccupera plus ces dames que celle du gouvernement. Leur isolement n’est pas une déclaration de guerre ou de principe. Lysistrata n’est point de la fondation. On ne revendique pas, on se délasse. La porte sera fermée au nez des émancipatrices, pour ce qu’on s’estime émancipée assez, ayant licence de vivre à sa guise. On chantera, on fera de la musique, on contera des choses futiles, on médira d’autrui: on restera de son sexe.

Un sceptique a dit que ce serait un bon moyen de ramener les maris au foyer: ils seraient sûrs de n’y rencontrer que rarement leurs femmes. Mais les femmes de ce cercle ne devront pas avoir de maris.

C’est le wagon des dames seules.

30 Août.—L’institution du café-concert, atteinte, chancelle. Le cabaret tue le beuglant. Les femmes qui décident de la soirée de ces messieurs ne sont plus empressées à garnir les avant-scènes d’où elles souriaient à Fragson et applaudissaient Yvette. On va à Montmartre, où l’on entend le chansonnier Chose dans ses chansons rosses et le bon poète Machin dans ses œuvres. Oh! ses œuvres! Le Chat-Noir, en mourant, a laissé toute une portée de petits chats, diablement miauleurs, plaisants et farces, qui ont des gentillesses paresseuses et de félines attitudes: ils griffent aussi et mordent. D’aucuns, chats de gouttière, effrontés et le poil droit, sont plutôt incongrus.

Une tendance s’indique dans cette cacophonie de matous; un art de demain s’annonce qui rénovera la chanson et dépouillera la revue de ses oripeaux flétris, en la ramenant à la parade par les tréteaux du cabaret.

Que la femme, plus qu’à la tabagie montmartroise, était désirable, l’été, sous les arbres en feu, dans la verdure secouée de frissons, sous les platanes aux ramures baignées d’une lumière de songe! On chantait, et c’était pour faire s’évanouir le prestige de ce jardin d’Armide. Mais les sages s’abîmaient dans la seule vision et, pour ne point altérer la sérénité de l’heure, laissaient les cabots chanter et n’écoutaient que leur rêve...