L’affiche est belle et pure. En tant que réclame, elle est inefficace. On ne détache pas les âmes comme les vieilles jaquettes, et la vertu n’est pas un produit qui se lance comme la benzine.

23 Septembre.—Aperçu au Moulin-Rouge le parsi Malabari. Le libérateur de la femme hindoue étudie la condition de la femme occidentale, cette libérée—quelquefois de Saint-Lazare. Il descend dans la galanterie et s’attriste.

Le quadrille naturaliste, ce soir, l’a surtout choqué. Il tolère tout de nos mœurs, non les filles du chahut.

—Vos sens sont-ils si éteints, dit-il, sévère, que, pour les ranimer, il vous faille recourir à ces provocatrices?

—Les bayadères de vos pays sont lascives aussi et nues.

—Elles dansent devant des vieillards, répond le parsi. En évoquant leur vigueur lointaine, elles leur font cette charité de leur en donner, avec le souvenir, une fugitive illusion.

O maître ès sciences zoroastriennes, si une danse est sacrée pour ce qu’elle émoustille les vieux, la Goulue n’est-elle point prêtresse?

24 Septembre.—Un peu sorcier, quasi chemineau, ce Jean-Martin Plessis. On le dit bâtard d’un abbé et d’une coureuse de grand chemin. Quand il épousa cette douce Julie Deshayes: «Ce n’est pas possible dirent les bonnes gens d’alentour, il lui a jeté un sort!» De sorte que la pauvre va, de calvaire en calvaire, outragée et battue un peu plus à chaque enfant, dont la dernière est nommée Alphonsine. Lasse d’être abreuvée d’amertumes, elle s’enfuit, avec ses petits, loin du brutal, et bientôt succombe...

Alphonsine grandit, tremblante, sous la loi cruelle du père, sans pain que celui qu’elle mendie. Domestique et Chloé de ferme elle rencontre Daphnis. L’idylle est surprise et dénoncée à Martin qui songe à placer la gamine en ville où le fruit vert a de l’attrait. Un matin, les commères s’étonnent de voir cheminer, côte à côte, le colporteur et sa fille, si joliette à présent, brune et mate. Où vont-ils? Quand il revient au pays, seul, c’est une malédiction: «Misérable! tu as vendu ta fille!» Chassé comme un chien galeux, il expire dans un trou hanté, à l’écart.

Les années passent. Un jour, à l’auberge de la Poste, à Nonant, descend de la diligence une voyageuse, finement élégante, pâle de la pâleur des convalescentes, ses traits délicats encadrés dans la nuit de ses cheveux: «Ne me reconnaissez-vous point?—Alphonsine!»