La faute en est aux mœurs. On n’a point d’enfants parce qu’on n’en veut point. Le couple est un maximum; au-dessus, le gendre est suspect d’inconvenance et la bru se fait remarquer.

La maternité n’impose plus le respect. Les anciens s’écartaient sur le passage des femmes enceintes; nous faisons des mots sur leur tournure. Les femmes ne sont pas les dernières à ridiculiser les déformations physiques d’une taille que la maternité élargit. Elles raillent autrui et sont confuses, d’elles-mêmes. «Non, moi, ce que j’ai l’air, ma chère, avec ça. Je n’ose pas sortir.»

Les femmes plus actives à se répandre en des tâches qui les appellent à l’extérieur, assujetties aux heures fixes et publiques des emplois, sans même les scrupules frivoles de la coquetterie, affectent la crainte des maternités répétées. Ce sont des accidents dont leur situation risque de souffrir, tuant leur gain. Quand leur cercle d’action se restreignait au foyer, elles ignoraient ces affres légitimes.

Une autre cause d’émancipation a frappé la femme de stérilité. Elle a repoussé comme humiliantes et seulement dignes d’Agnès les pudeurs réservées à l’épouse. Elle s’est affranchie du respect par où le mari la distinguait des cyniques maîtresses. Il lui épargnait les privautés stériles et les bonheurs énervants, et tout le piment des étreintes blasées. Soupçonnant d’autres choses, éduquée par les propos des coureuses d’avant-garde, ouverte aux sous-entendus du livre, elle a voulu être initiée. Elle l’est. Si savante désormais, elle ne redoute plus le plaisir que le devoir complique. Sa maternité est une surprise. «Les enfants qui nous viennent, disait l’une d’elles, sont vraiment des petits rusés.»

A chaque siècle sa philosophie. Les femmes du XVIIIe lisaient Jean-Jacques. C’est la brochure de Malthus-Robin qui occupe le chevet des nôtres. Elles ont une excuse: ce sont les hommes qui la leur ont apportée.

11 Avril.—Le congrès féminin épuise un ordre du jour trop copieux. Il a mis à l’étude des questions qui ne se passent point de la connaissance du Code. D’où des discussions âpres et confuses. Les étrangères, venues nombreuses, sévères et dignes, point banales, emporteront de cette assemblée une impression désenchantée. La faute en est aux hommes plus qu’aux femmes. Ils sont envahissants. Ils discourent, sonores, fastidieux et vides, et allongent les débats sans les éclairer.

Les femmes les souffrent, par orgueil. L’émancipation, qui passa longtemps pour disgraciée et inapte à plaire—si ce n’est à M. de Gasté—n’est point fâchée de ses conquêtes. Ses congrès ne sont encore que des flirts, et elle y affiche volontiers ses amants.

17 Avril.—Au banquet qui a suivi les travaux du congrès féminin, Mme Pognon a porté un toast à la bicyclette.

C’est par la bicyclette que se fera l’émancipation de la femme. L’œuvre d’affranchissement est en bonne voie. La bicyclette égalitaire et niveleuse a créé un troisième sexe.