Le quadrille finissait, et, dans un pêle-mêle bruyant, les cavaliers reconduisaient leurs danseuses. Pascal, en quelques pas rapides, se dirigea vers le groupe au centre duquel se tenaient Robert et M. de Croix-Mesnil, et, s'approchant du fiancé de Mlle de Clairefont jusqu'à lui toucher l'épaule avec sa poitrine, le regard provocant et la main inquiète:
—Monsieur, j'ai quelques mots à vous dire. Voudriez-vous me faire la faveur de m'accompagner à deux pas d'ici?...
Le baron s'inclina et déjà il s'apprêtait à suivre le fils de Carvajan, lorsque Robert, se plaçant devant eux, leur barra le passage.
—Doucement, dit-il, d'un ton railleur: il me paraît qu'il y a confusion. Ce n'est pas à vous, mon cher ami, que monsieur doit avoir affaire, mais à moi. Vous n'avez fait que déférer à mon désir: c'est moi qui ai dit...
—Je n'ai pas entendu vos paroles, interrompit Pascal avec force, et je ne veux pas en tenir compte... Monsieur seul m'a offensé... C'est lui seul que je rends responsable.
—Il y aurait cependant un moyen d'arranger les choses, s'écria le jeune comte. Et, reculant d'un pas, il se préparait à quelque violence, quand sa sœur, pâle et frémissante, se dressa entre lui et son adversaire.
—Robert, retire-toi, dit-elle doucement, je t'en prie...
—Mais... dit-il en essayant de résister.
Deux larmes jaillirent des yeux de la jeune fille, aussitôt séchées par le feu de ses joues, et, la main tendue dans un geste d'autorité souveraine:
—Retire-toi... répéta-t-elle. Je le veux!