—Ah! après la fille, le père! brailla le braconnier. À moi, mes amis! Emparons-nous de lui, livrons-le à la justice!...

En un instant, Robert se vit entouré d'hommes aux visages furieux et aux bras levés. Devant le cabaret, quelques femmes rassemblées poussaient des cris perçants, et déjà, par la rue du Marché, du renfort arrivait aux assaillants. Chassevent, revenu à la charge, bavant de colère et d'ivresse, essayait d'escalader le siège. Le comte ne perdit pas son sang-froid; il tira sur les guides et fit cabrer son cheval; puis, prenant son fouet il en asséna, avec le manche, un tel coup au vagabond, que, malgré son épaisse casquette et le foulard qui lui entourait la tête, il roula à moitié assommé dans la poussière du chemin. Au même moment, Fleury, comme un diable sortant d'une boîte à surprises, parut près de la voiture.

—Qu'est-ce que vous faites là? cria-t-il aux ouvriers d'une voix forte... Ramassez cet homme, et attendez-moi...

Puis, s'élançant vers Robert à qui il serra le bras avec énergie:

—Imprudent! ne bravez pas l'indignation populaire!... Partez... sans un instant de retard! Je viens de Clairefont. Je voulais vous prévenir... Mais votre tante et votre sœur, maintenant, savent tout... Elles vous convaincront...

—De quoi s'agit-il? demanda le comte, commençant à perdre son calme... Ai-je affaire à des fous?

Le greffier jeta au jeune homme un coup d'œil sévère, et, avec une gravité triste:

—La petite Rose a été tuée cette nuit... On vous accuse... Ne discutez pas... Mettez-vous d'abord à l'abri. Partez! C'est le plus sûr...

—Mais c'est une infamie! cria Robert.

—Rentrez chez vous, au nom du ciel! dit Fleury en montrant du doigt le flot des arrivants qui grossissait de seconde en seconde.