—Grosse affaire... très grosse affaire... Instruction difficile... Prévenu adroit et très fermé.

Et comme le jeune homme le pressait de questions:

—Mais au fait, mon cher, vous êtes de La Neuville: vous devez en savoir plus long que moi.

Et, au lieu de répondre, il avait interrogé. Au bout d'une heure de visite, Pascal s'était retiré très inquiet, avec la conviction que le parquet pousserait l'affaire à outrance. Il avait passé une triste soirée à l'hôtel, ne voulant pas revenir avant le lendemain, de peur de donner des soupçons à son père.

Maintenant, enfermé dans le cabinet du banquier, il s'efforçait de travailler pour user le temps, mais sa pensée rebelle lui échappait et l'emportait bien loin de ses rapports et de ses mémoires. Incapable de rester en place, il allait de la table à la fenêtre, pour regarder au dehors. Le temps s'était mis à l'orage, et des nuées lourdes couraient dans le ciel. Un éclair brilla, suivi d'un coup de tonnerre lointain, et le jour devint jaune, comme si l'air eût été chargé de cendres.

Au même moment, le marteau de la porte retomba avec bruit, poussé par une main impatiente, un chuchotement se fit entendre dans le vestibule, et maître Malézeau entra dans le cabinet avec une mine extraordinaire. Jamais ses yeux n'avaient tant papilloté derrière ses lunettes d'or. Il dit mystérieusement:

—Votre père est bien parti en cabriolet sur la route de Lisors? Vous êtes vraiment seul? Bien! j'ai là une dame qui désirerait vous parler...

À ces mots, tout le sang de Pascal se porta à son cœur, ses jambes fléchirent, il vit la salle tourner autour de lui. Il demanda d'une voix altérée: Qui est-ce? avec la certitude d'entendre répondre: Mlle de Clairefont.

Malézeau ne perdit même pas son temps à remplir cette formalité; il ouvrit la porte et, s'effaçant pour laisser le passage libre, il dit:

—Entrez, Mademoiselle.