—Ma sœur!

—Je dis ce que je pense. Je suis bon cheval de trompette... Je n'ai jamais reculé devant l'obstacle!...

—Tante, vraiment je crois que vous aimez ce garçon plus que nous!

—Et quand bien même! Ne serait-ce pas juste? Il ne nous devait rien, et il nous a donné tout!... Au fait, je suis bien sotte de m'échauffer... On ne me demande pas de conseils... À l'avenir je garderai mes idées pour moi.

Antoinette fit un mouvement et la tante se tut.

—Ces messieurs sont sur la terrasse? dit la jeune fille. Je suis tout engourdie: je vais marcher un peu.

Elle se leva et descendit lentement les degrés de pierre du perron. Elle entendit derrière elle la tante Isabelle qui disait au marquis:

—Vous en penserez ce que vous voudrez, mais moi cela me passe!... Regardez-la, aller, venir, froide et posée!... Ou bien elle est aveugle, de ne pas voir que ce garçon se meurt d'amour pour elle, ou bien elle est de marbre.

Un discret sourire passa sur les lèvres de Mlle de Clairefont, sa figure s'éclaira comme un beau paysage doré par un rayon de soleil. Elle rejoignit le groupe des promeneurs et, prenant le bras de Malézeau, insensiblement elle en vint à prononcer le nom de Pascal. Le notaire, comme s'il n'eût attendu qu'un signal pour dévoiler complètement les projets de son ami, se répandit en détails. Le jeune homme comptait se fixer à Paris, où il était sûr d'avance de se créer promptement une importante situation au Palais. Protégé par des Sociétés puissantes, il avait une clientèle toute prête. Il refusait actuellement de se présenter à la députation, mais il était certain de passer dans l'arrondissement de La Neuville, quand il lui plairait. Le bon Malézeau prit même un malin plaisir à insinuer que, très certainement, dans le monde des grandes affaires où il se trouverait lancé, Pascal serait à même de faire un très brillant mariage. Mais Antoinette ne manifesta ni chagrin ni satisfaction; elle se montra indifférente, et son visage resta calme. Elle parla même avec une tranquillité qui sembla à Malézeau de la sécheresse, et, ayant voulu trop apprendre, le notaire ne sut rien.

Une heure avant le dîner, Pascal arriva: il était pâle et abattu. Il fit effort pour causer et se montrer aimable, mais il ne put y parvenir. La tristesse, qui était en lui, reparaissait malgré tout. Les yeux de la tante Isabelle se fixèrent sur le jeune homme avec pitié et se reportèrent sur sa nièce avec indignation.