Antoinette, impassible, montra une charmante liberté d'esprit. À plusieurs reprises elle dit à Pascal:
—La Neuville est bien près de Paris. Vous reviendrez nous voir?
Elle parlait avec une gaieté singulière qui mit des larmes dans les yeux du jeune homme. Sentant qu'il allait ne plus pouvoir dominer son émotion, il gagna le perron, et y fut rejoint par M. de Croix-Mesnil. Mlle de Clairefont les suivit du regard avec surprise, et, se levant vivement, elle s'approcha d'une fenêtre.
Le baron et Pascal longèrent lentement la plate-bande de fleurs. M. de Croix-Mesnil, du geste, désigna un banc de pierre adossé à la muraille, et Pascal s'y laissa tomber. Bientôt ils parlèrent avec animation.
Antoinette, prise d'une inquiétude irraisonnée, devint un peu pâle. Elle pensa:
—Que peuvent-ils avoir à se dire?
Au-dessus des deux jeunes gens, la fenêtre de la chambre de Robert s'ouvrait, protégée contre le regard par les persiennes. De là on pouvait tout entendre. Une rougeur ardente monta aux joues de la jeune fille, et ses yeux brillèrent de curiosité. Mais écouter, ne serait-ce pas très mal? Antoinette, entraînée par un violent désir de savoir, déjà s'était élancée hors du salon, et, sans répondre à son frère qui lui criait: «Où vas-tu?» elle se dirigeait vers la tourelle. Légère comme une biche, elle escalada l'escalier et poussa la porte de la chambre. La fenêtre était entre-bâillée. Silencieuse, retenant son souffle, elle pencha son visage vers les minces lames de bois, et, passionnée, écouta les voix qui montaient, distinctes et nettes, de la terrasse.
—Tout ce que vous avez fait pour elle, disait Croix-Mesnil, j'avais rêvé de l'accomplir... Je vous ai ardemment envié, mais pas un instant je ne vous ai haï... Je vous sentais trop nécessaire.
—Hélas! maintenant c'est fini! répondit douloureusement Pascal... Et, de nous deux, celui qui est enviable, c'est vous, puisque vous restez.
—Pourquoi partez-vous? demanda doucement Croix-Mesnil.