—Je pars, reprit Pascal avec une violence soudaine, parce que rester est au-dessus de mes forces, parce que chaque jour augmente ma tendresse et redouble mon désespoir, parce que je ne sais rien de plus horrible que d'avoir rêvé le bonheur et de ne pas l'obtenir, parce que... Eh! à quoi bon vous dire tout cela? Vous devez me comprendre, puisque vous l'aimez comme moi, et que, comme moi, elle ne vous aime pas!
—Elle ne m'aime pas, c'est vrai, répéta le baron. Mais vous...
Il poussa un profond soupir, puis, d'une voix altérée:
—Mais, vous, Pascal, elle vous aime.
—Que dites-vous?
—Je dis ce qui est vrai, ce qui est juste, ce qui est digne! Oh! combien vous êtes heureux d'avoir pu vous dévouer et vous sacrifier pour elle! Son cœur est un trésor, et il vous appartient. Croyez-en un homme aimant, dont la clairvoyance n'a pu être trompée, qui s'est plu à acquérir la certitude de son malheur et qui en a horriblement souffert. Elle vous aime, et elle le doit, et elle est trop noble, trop grande, trop généreuse, pour ne pas vous aimer. Si elle ne vous aimait pas, elle ne serait pas la femme qu'elle est. Allez, réjouissez-vous, et ne partez pas: elle vous aime!
Pascal prit la main de Croix-Mesnil et la serra.
—Votre peine me fait mal, dit-il avec un accent profond.
—Non! ne regrettez rien! Ce qui est devait être. Il eût été bien désolant qu'il en fût autrement. À une âme comme la sienne il fallait un cœur comme le vôtre. Vous seul pouviez la rendre heureuse, et c'est ma seule espérance, c'est l'unique consolation que je veuille emporter. Je l'ai chérie pour elle, et non pour moi-même, et je crois en donner la preuve en vous parlant comme je le fais...
Pascal hocha tristement la tête.