Elle lui adressa visiblement ces paroles. Elle l'en enveloppa comme d'un manteau de pourpre, et l'en orna comme d'une couronne. Pendant une minute, leurs deux âmes furent en contact, et il parut que quelque chose d'elle allait vers lui. Un nuage passa sur les yeux de Pascal. Quand il put regarder et voir, la jeune fille avait attaqué, avec un brio plein d'indifférence, l'air célèbre du Barbier: «Una voce poco fa...» et elle vocalisait avec une sûreté qui démentait toute émotion.

Pascal eut un accès de désespoir. Il se dit: «Je suis lâche de rester là à me faire déchirer le cœur, comme à plaisir. M. de Croix-Mesnil se trompe, et moi-même je perds la raison. Allons! une minute de résolution. Partons, et que ce soit à jamais fini!» Il se leva vivement, et, allant à la tante de Saint-Maurice:

—Je vous prie de m'excuser, Mademoiselle: j'ai encore beaucoup de préparatifs à faire... Il faut que je me retire...

—Comment! déjà? demanda la vieille fille. Mais, au moins, nous vous verrons encore demain?

—Je ne crois pas, répondit-il d'une voix tremblante... À mon grand regret...

—À quelle heure partez-vous?

—À deux heures.

—J'irai donc vous dire adieu, demain matin, s'écria Robert. Je déjeunerai avec vous, chez notre cher ami M. Malézeau...

—Adieu, monsieur le marquis, adieu, Mademoiselle, balbutia Pascal.

—Souvenez-vous, dit le marquis, qu'à Clairefont, vous serez toujours chez vous.