Pascal ressentit une violente commotion, son cœur battit avec force. Qui donc venait pour lui?
La porte s'ouvrit, le notaire parut, et, ainsi que le jour mémorable où il était entré dans le cabinet de Carvajan, il dit:
—J'ai là une dame qui désirerait vous parler!
Pascal poussa un cri et s'élança. Antoinette était devant lui, vêtue de la même robe, coiffée du même chapeau qu'elle portait lorsqu'elle s'était présentée pour intercéder en faveur de son frère. Elle était aussi pâle, mais ce n'était pas de douleur et de crainte. Ils restèrent un instant à se regarder, elle souriante, lui tremblant. Enfin elle dit avec une grâce adorable:
—Une fois encore, il faut que je vienne à vous. Seulement, aujourd'hui, ce n'est pas pour mon frère seul que je veux vous parler... C'est pour tous les miens. Vous avez entrepris d'assurer notre bonheur. Eh bien, il faut que vous le sachiez, votre œuvre est incomplète. Robert est triste, ma tante se désespère, en pensant qu'ils ne vous verront plus...
Elle fit un geste de charmante coquetterie.
—Que faudrait-il donc pour vous décider à rester?... Si vous n'êtes pas trop exigeant, peut-être pourrons-nous vous satisfaire...
Comme il restait éperdu, n'osant pas comprendre, ayant peur de parler, Mlle de Clairefont fit un pas vers lui, et, avec une tendresse profonde:
—Vous avez un jour, pour moi, sacrifié votre présent, votre avenir, donné votre vie tout entière. Voulez-vous, en échange, accepter la mienne?...
Pascal poussa un cri, ses yeux s'obscurcirent, il tendit vaguement les bras, il sentit sur ses lèvres les cheveux doux et parfumés d'Antoinette, une ivresse triomphante le saisit, et il lui sembla qu'il était emporté en plein ciel.