Jacques parut embarrassé par la netteté de cette proposition, son visage se crispa. Déjà il était agité à la pensée de s'éloigner de Clémence, inquiet de ce qu'elle ferait pendant son absence. Il balbutia:

—Est-ce donc nécessaire que nous partions demain? Ne pouvons-nous remettre ce voyage à quelques jours? J'aurais le temps de m'y préparer.

—Non! dit rudement Davidoff; si vous retardez, vous ne partirez pas. Demain, ou je ne vous reparle de ma vie, et je ne vous connais plus.

Comme le jeune homme hésitait:

—Qu'est-ce qui vous arrête? Êtes-vous libre? Ou bien avez-vous besoin de demander la permission de vous éloigner? En étes-vous là? Ce serait pis que je ne supposais...

—Vous vous trompez! s'écria Jacques, en voyant que le Russe soupçonnait Clémence, et je vous en fournirai la preuve. A demain donc.

—Sans faute, sans remise, sous aucun prétexte?...

—Comptez sur moi...

—A la bonne heure!... Eh bien! rentrons nous coucher pour être dispos demain.

Ils traversèrent le casino et sortirent. Devant la grille, un fiacre attendait. Ils réveillèrent le cocher, profondément assoupi sur son siège, et montèrent après que Jacques eut ordonné d'arrêter à l'entrée du port. Dans la petite ville endormie, ils roulèrent lentement. Ils ne parlaient plus, réfléchissant aux engagements qu'ils venaient de prendre. La voiture, en devenant immobile, les tira de leur méditation. Ils étaient sur le quai, devant le bassin. A cent mètres de là, relié par une passerelle à la terre, le beau yacht blanc était à l'ancre. Le docteur descendit et, serrant une dernière fois la main de Jacques, comme pour lui donner une provision d'énergie: