Aux yeux stupéfaits de ceux qui déjà le blâmaient, le déchiraient à plaisir, Christian, calme, souriant, venait de paraître. Il se laissa serrer la main par ceux qui répandaient sur lui, l'instant d'avant, les plus dégradantes calomnies. Il écoutait avec un air d'insouciance heureuse les félicitations que lui adressait la foule des indifférents. Il allait devant lui, lentement, comme s'il cherchait quelqu'un. Il aperçut Geneviève, assise auprès de sa mère, et se dirigea vers elle:
—J'ai bien des excuses à vous faire, dit-il, mais je pense que mon père a dû vous prévenir. Il m'est arrivé, comme je rentrais, un terrible accident.
Il eut un sourire à l'adresse du docteur Augagne, qui se tenait auprès de la jeune fille.
—Mais notre cher médecin était là, et ce ne sera rien. Déjà, il n'y paraît plus.
Il se courba devant elle, et avec la bonne grâce tendre qui le rendait si séduisant quand il voulait:
—Prenez mon bras, Geneviève, nous allons faire le tour des salons. Notre présence sera plus décisive que tous les discours.
Elle le regarda de ses yeux profonds, et avec une voix un peu basse:
—Je ne vous ferai pas l'injure d'hésiter, au moment où tout le monde a les yeux fixés sur nous. On n'a déjà fait que trop de commentaires sur votre absence.... Mais nous devons avoir ensemble une explication, et il ne me paraît pas possible de la différer.
Christian, pâlissant, s'inclina avec déférence:
—J'accepte tout ce que vous voudrez m'imposer.