—Vous avez été affreusement gâté! dit Geneviève avec un sourire.

—Non! j'ai perdu ma mère très jeune, et mon père, pris par le mouvement de ses affaires, n'a pas eu le temps de s'occuper de moi. J'ai été élevé par des gouvernantes, par des précepteurs, et livré de bonne heure à moi-même, avec beaucoup d'argent dans ma poche. J'ai donc passé à côté de l'existence de travail, pour me livrer à l'existence de plaisir. Aussi je vous assure que je ne vaux pas grand'chose.

—Si vous vous en rendez compte, il est temps de changer.

—Ah! quelle affaire! On voit bien que vous ne me connaissez pas!

Elle le regarda plus sérieusement:

—Vous êtes en train de me dépeindre un personnage tout nouveau pour moi, et que je ne pouvais soupçonner dans le jeune homme facile, doux et reconnaissant que j'ai vu, pendant trois semaines, sous le toit de mes parents. Seriez-vous un hypocrite, ou auriez-vous un talent de comédien assez parfait pour donner l'illusion de tout ce que vous n'êtes pas et cependant paraissiez être?

—Pas du tout! J'étais très naturel chez vous, et je n'ai pas prononcé une parole que je n'aie pensée. C'était affaire de circonstances. L'absence de volonté que je vous signalais tout à l'heure m'a permis de m'adapter à votre milieu familial et d'y vivre avec une satisfaction profonde. Le contraste si grand et vraiment exquis avec mon existence ordinaire a été aussi pour quelque chose dans le plaisir que j'éprouvais.

—Mon Dieu! Mais vous m'effrayez! A vous entendre, vous seriez une sorte de diable qu'un accident aurait contraint à se faire ermite, et qui retourne à son enfer!

—Il y a du vrai, et ce diable, comme je vous le disais tout à l'heure, regrettera bien souvent l'ermitage.

Elle rit un peu nerveusement: