Elle fit un geste de dégoût et son visage exprima l'effroi. Il poursuivit, sans dureté, avec pitié même:

—Oui, ce malheureux enfant, par désœuvrement, par faiblesse, entraîné par de mauvais compagnons, est tombé dans les pires excès. Il boit, et s'enivre comme un malheureux de la plus basse condition. Et, quand il est dans cet état, il ne recule devant aucune excentricité, ni aucune violence. Je l'ai vu revenir couvert de sang, ses habits déchirés, pour s'être battu dans les cabarets du port, avec des pêcheurs ivres comme lui. Il a écrasé, l'an dernier, un enfant sous son automobile lancée à une allure enragée, et qu'il était impuissant à retenir. Quand il est possédé par l'alcool, il ne connaît plus rien, ni l'âge, ni la condition, ni le sexe de ceux à qui il a affaire. Il frappera une femme, il outragera son père: c'est un démoniaque! Puis, le lendemain, revenu à la raison, il pleurera de repentir, il s'humiliera, implorera, quitte à recommencer, le soir même, s'il a été repris et entraîné par ses camarades de débauche.

Le médecin se tut. Geneviève marchait auprès de lui, le front penché, comme sous le poids de ces terribles révélations. Enfin, elle s'arrêta et, avec un grand calme:

—Son père vous a autorisé à me dire toutes ces choses?

—Sans cela, aurais-je pu parler?

—Pourquoi est-ce vous qui avez été chargé de m'éclairer?

—Parce que j'étais le mieux en mesure de vous faire comprendre les conséquences physiologiques de ce vice affreux.

—Il a donc une répercussion sur l'état physique?

—Très grave, pour celui qui en est affecté; plus grave encore pour les enfants qui naissent de lui. Un alcoolique, sachez-le bien, donne la vie à de pauvres innocents qui peuvent devenir des tuberculeux, des fous ou des criminels, étant, de naissance, alcooliques eux-mêmes.

—Mon Dieu! quelles effroyables conséquences!