—Voilà ce qu'on ne saurait trop enseigner, mon enfant, car on ne veut pas le croire. Tous les malheureux qui vont dans les cafés ou dans les cabarets boire tranquillement, presque innocemment, des apéritifs, s'intoxiquent et, par avance, intoxiquent leur descendance. S'ils sont assez vigoureux pour ne pas subir la déchéance eux-mêmes, ils la préparent pour leur postérité. Quand ils boivent leur absinthe quotidienne, en ne pensant pas mal faire, ils empoisonnent leurs futurs enfants. Ils feront souche de scrofuleux, d'épileptiques, et seront très étonnés de voir les pauvres petites créatures étiolées et chétives. En buvant, ils ne se croient pas coupables. Ils imitent leurs parents, leurs amis, et, dans leur ignorance, pour quelques misérables satisfactions présentes, ils détruisent l'avenir.
—Mais ne peut-on pas les guérir?
—Rien n'est plus difficile.
—Vous avouez cependant, vous-même, que M. Christian, depuis qu'il a vécu à Saint-Georges, s'est sérieusement corrigé.
—Oui. Son intention de modifier ses habitudes est évidente, mais le pourra-t-il?
Geneviève releva la tête, et d'un ton ferme:
—Monsieur votre neveu, à l'instant, disait que, pour pouvoir, il suffisait de vouloir.
—C'est que justement ce funeste, cet horrible vice est destructeur de la volonté. Que j'en ai vu de ces malheureux qui disaient: «Je ne boirai plus!» et qui, le lendemain même, couraient satisfaire leur passion!
—Avaient-ils des raisons impérieuses de s'en abstenir?
—Des raisons de vie ou de mort. Rien ne les arrêtait!