Rien qu’à parcourir ces subdivisions, on aperçoit ce que nos écrivains auraient dû tirer de la IIe des données. Elle doit être, franchement, quelque peu attrayante, pour qu’une fois de plus l’humanité l’ait choisie, cette histoire du Sauveur, il y a deux mille ans bientôt, et depuis lors ait tant souffert, aimé, pleuré, à chacun des souvenirs qui lui en reviennent. Cette Situation, c’est aussi la Chevalerie, l’héroïsme si original et individuel du moyen-âge ; — et c’est la Révolution française devant les peuples ! Malgré cela, l’art, si l’on excepte l’aristophanerie de Cervantès et l’éblouissant et unique éclair jailli de l’armure d’argent de Lohengrin, l’art, à peine encore, y songea…

IIIe SITUATION
La Vengeance poursuivant le crime.

(Techniquement : Vengeur — Coupable)

La vengeance est une joie divine, dit l’Arabe ; et elle fut celle plus d’une fois, en effet, du Tout-Puissant d’Israël. Les deux poèmes homériques se dénouent chacun par une enivrante vengeance, de même que la légende des Pandavas, à l’orient des littératures ; pour les races latine et espagnole, c’est le plus satisfaisant spectacle toujours que celui de l’individu capable de se faire justice légitime, encore qu’illégale. Tant il est vrai que vingt siècles de christianisme, après cinq siècles de socratie, n’ont pu substituer à cette base de l’honneur le pardon. Et ce dernier, même sincère (chose rare !), qu’est-il, — sinon la subtile quintessence de la vengeance, sur terre, en même temps que la réclamation d’une espèce de wergeld, vis-à-vis du ciel ?

A 1 — Venger un ascendant assassiné : — La Chanteuse (drame chinois anonyme), la Tunique confrontée (de la courtisane Tchang-koué-pin), les Argiens et les Épigones d’Eschyle, Alétès et Érigone de Sophocle, les deux Foscari de Byron, Attila de Werner, le Crime de Maisons-Alfort (M. Cœdès, 1881. La vengeance en ces deux derniers cas, ainsi que pour le sujet suivant, s’accomplit par la fille et non le fils). — Ex. romanesque et ordinaire : Colomba de Mérimée ; la plupart des vendette. Dans le Prêtre (M. Buet, 1881), la lutte psychologique entre le pardon et la vengeance est spécialement représentée.

2 — Venger un descendant assassiné : — Nauplius de Sophocle. La fin de l’Hécube d’Euripide. Ex. épique : Neptune poursuivant Ulysse à cause de la cécité de Polyphème.

3 — Venger un descendant déshonoré : — Le meilleur alcade, c’est le Roi (Lope de Véga), l’Alcade de Zalaméa (Calderon). Ex. hist. : la mort de Lucrèce.

4 — Venger épouse ou époux assassiné : — Pompée de Corneille. Ex. contemporain : les tentatives de Mme Vve Barrême.

5 — Venger épouse déshonorée ou que l’on tenta de déshonorer : — Ixions d’Eschyle, de Sophocle et d’Euripide ; les Perrhœbides d’Eschyle. Ex. historique : le lévite d’Ephraïm. — Même cas, où l’épouse n’a été qu’insultée : — la Chevelure renouée de Bhatta Naragma, les fils de Pandou outragés de Radjasekhara. Ex. ord. : un bon nombre de duels.

6 — Venger sa maîtresse assassinée : — Aimer après la mort (Calderon), Amhra (M. Grangeneuve, 1882), Simon l’enfant trouvé (M. Jonathan, 1882).