Si remaniée qu’ait été de nos jours la IIIe Situation, maint cas ancien attend son rajeunissement ; et surtout d’innombrables lacunes persistent : en effet, parmi les liens qui peuvent unir le « Vengeur » à la « Victime », plus d’un degré de parenté fut omis, ainsi que la majorité des attaches sociales ou contractuelles ; la liste des torts qui peuvent provoquer ces représailles est bien loin d’être épuisée, comme on s’en assurera en énumérant les variétés de délits possibles contre les personnes et les propriétés, les nuances d’opinions et de partis, et les diverses manières dont s’accommode une insulte ; enfin combien et quelles sortes de relations existent, d’autre part, entre le « Vengeur » et le « Coupable » ! Et il ne s’agit jusqu’à présent que des prémisses de l’action.

Que l’on y mette, maintenant, toutes les allures, lentes ou foudroyantes, tortueuses ou directes, sûres ou éperdues, que va prendre le châtiment, les mille ressources dont il dispose (car, recuit en son désir concentré, il se choisit les plus chatoyants effets), puis les points qu’il peut viser, de sa meurtrière ; ensuite les obstacles qui surgiront du hasard ou de la défensive… Introduisez les figures secondaires, allant chacune à son but, comme dans la vie, s’entre-croisant, et croisant le drame…

J’estime assez le lecteur pour ne pas développer davantage.

IVe SITUATION
Venger proche sur proche

(Souvenir de parent victime — Parent vengeur — Parent coupable)

Au moyen de l’énergie âpre de la situation qui précède, augmenter l’horreur de la XVIIe (« Découvrir le déshonneur des siens »), c’est créer l’action présente, — laquelle s’enferme dans la vie privée, devenue un enfer pire que le cachot du Puits et du Pendule d’Edgar Poe. L’atrocité en est telle que la foule, terrifiée, n’ose intervenir ; elle semble assister, de loin, à quelque scène démoniaque, se silhouettant dans une maison en flammes.

… Et la foule des dramaturges semble ne pas oser, non plus, intervenir pour modifier une fois la tragédie grecque, telle quelle depuis trente siècles d’épouvante…

A nous il est facile, du haut de la « plateforme » retrouvée après le mot de Gozzi, de supputer les variations infinies à écrire, — en multipliant les combinaisons que nous venons de voir pour la IIIe donnée par celles que nous produira la XVIIe.

Mais d’autres germes de fécondité nous arrivent à leur tour avec les circonstances qui auront déterminé le justicier à agir ; ce serait un désir spontané chez lui (motif le plus simple) ; — la volonté de la victime agonisante ou du mort mystérieusement apparu ; — un serment imprudent ; — le devoir professionnel (quand le Vengeur est magistrat, etc.) ; — la nécessité de sauver d’autres parents, un être aimé (c’est ainsi que Talien a vengé les Dantonistes) ou ses concitoyens ; — l’ignorance de la parenté qui rattache le « Vengeur » au « Coupable »… Il y aurait encore le cas où cet acte du Vengeur frapperait le Proche criminel, sans que le Vengeur le reconnût (dans une salle sombre, je suppose). Il y aurait le cas où ce prétendu acte de vengeance ne serait que le résultat d’une erreur : le Parent dit coupable serait découvert innocent, et le pseudo-Exécuteur, trop stoïque, apprendrait qu’il n’est qu’un criminel détestable. Il y aurait…

On a traité :