On est l'oiseau qui s'aventure après la pluie;
On est le verger blanc dans le réveil d'avril;
Pourtant on craint la grêle, un retour du péril:
La maladie est-elle loin et bien enfuie?

Comme on en tremble encore! Et quels pas calculés
Par crainte d'être faible et de quelque rechute!
Pouvoir marcher jusqu'à ces arbres reculés!
Espoir et peur, ombre et soleil sur la minute…

Heure trouble! Émoi d'un logis longtemps fermé
Où chavire dans le miroir l'aube venue;
On se sent seul, épars et désaccoutumé
De la vie, au lointain, qui toujours continue.

On est le pénitent sorti d'une neuvaine
Et dépris de la vie à cause de l'encens;
Ah! que la vie est loin! Ah! que la vie est vaine!
Où vont-ils donc, tous ces passants, tous ces passants?

Ils se hâtent; mais leur affairement étonne;
Ils s'égaient; mais leur joie est étrange et fait mal;
Soi-même, au milieu d'eux, on se sent anormal;
Et la vie où l'on rentre a l'air si monotone.

Hier on vivait encor comme derrière un verre,
Convalescence! Mais maintenant on a l'air
Du matelot morose et qui s'ennuie à terre
D'être sorti de l'aventure de la mer.

On semble avoir aussi navigué des années
— La maladie étant un voyage chez Dieu —
Et revenir vieilli dans des villes fanées,
Triste, ne sachant plus que des gestes d'adieu!

LE VOYAGE DANS LES YEUX

I.

Tels yeux sont des pays de glace, un climat nu
Où l'on chemine sans chemins dans l'inconnu;
D'autres, des soirs de province pleins de fumées
Où passent des oiseaux aux ailes déplumées
Qui leur font ces plaintifs regards intermittents;
D'autres vides, mais sous l'influence du temps,
Où la mer de leur âme à flots muets déferle,
Sont rafraîchis, profonds, mobiles comme une eau,
Flux et reflux du lent regard roulant sa perle!