Les midis, d'un vaste or fluide, le soir mauve,
L'aube, tout ce qui passe et part incessamment,
Vient tenter l'âme en songe et qui se croyait sauve
Derrière le cristal de son renoncement.

Ah! les vitres, toujours reprises par la Vie,
Qui, reflétant la vaine ivresse du départ,
Sont complices du ciel en marche qui convie,
Comme s'il y avait le bonheur autre part!

Tentation dans les vitres fallacieuses
Qui propagent, en l'ombre intime des maisons,
La vagabonde humeur des changeants horizons
Et leurs roses et leurs flammes silencieuses.

Et tu souffres, pauvre âme enclose, qui songeais
Dans le sage insouci des âmes qui renoncent,
Car les vitres qui s'éclaircissent ou se foncent
S'emplissent de l'ardeur fiévreuse des projets.

Les vitres ont trahi! Demeures mal gardées!
Mais les vitres déjà, pour avoir accueilli
Les vieux couchants, ont pris soudain un air vieilli,
Courtisanes que les nuages ont fardées!

II.

Sur le ciel immuable ont flotté des nuages,
Tissus à la dérive et parure changeante;
Ô nuages, partis pour de lointains voyages,
Entrant soudain dans mon âme qui s'en argente;
Et je suis dans mon âme où, calmes, ils s'en vont,
Les nuages qui se défont et se refont.

III.

Le couchant triomphal est une fin de règne…
Des cuivres de victoire énamourent le soir;
Des drapeaux sont hissés; un sang nombreux imprègne
Le fond du ciel qui s'en rougit comme un pressoir;
Et l'on croit voir s'enfuir une armée ennemie.
Maintenant c'est la paix de la lutte finie;
L'orgueil, — et l'on entend le bruit lourd de sa clé; —
C'est l'accomplissement, le butin étalé,
L'or du soleil, les nuages comme des porches
D'où l'on voit des palais d'azur s'approfondir;
Et le ruissellement de joyaux, et les torches
Dont les gestes de feu conduisent au nadir…

Couchant sublime! Architectures inouïes!
Premiers astres qui font le ciel fleurdelysé!
Et là-bas, toutes ces chevelures rouies
Comme un lin fin dans un étang cristallisé,
Moisson des longs cheveux fauchés des Ophélies!