XI.
Le soleil dans la brume est en convalescence.
Va-t-il guérir de la brume tout éphémère?
Va-t-il mourir de la brume qui s'agglomère?
Il a l'air de quelqu'un qu'on revoit dans l'absence;
Il lutte, son visage est exsangue et se fane;
La brume s'interpose; elle est si diaphane
Que c'est comme un encens anémié qui fume,
Que c'est comme une vitre, un écran de fumée
Derrière lesquels l'Astre attend sa destinée.
Obstacle frêle, dirait-on, que cette brume;
Mais pas assez pour que le soleil s'en délivre,
Soit le malade, ôté des vitres, qui va vivre…
XII.
C'est fini, la légende enfantine des astres,
De les croire vivants, de les songer des lis;
La nuit souffre de ses millénaires désastres.
C'est fini de rêver le ciel, comme jadis,
Un champ bleu qu'une main partiale ensemence;
La science le prouve une agonie immense:
Soleils mourants dont le décès est calculé;
Déserts nus, sans écho; cendre de nébuleuses;
Étoiles qui sont des orphelines frileuses;
Globes dont le soupir est inarticulé
Achevant de périr comme en des léthargies.
Ciel qui s'éteint! Vaste hôpital de l'Infini,
Où la lune, antique diseuse d'élégies,
Semble malade, tant son visage est blêmi;
Tels soirs surtout, elle est plus pâle et délayée:
On dirait une hostie, au fil du ciel, noyée;
On dirait un cadran de tour miré dans l'eau;
Lune en exil et que nulle étoile n'escorte;
À l'horizon désert, elle a l'air d'être morte,
Lune exsangue sur l'oreiller de son halo!
XIII.
Le soir tombe, le vent tiédit, édulcoré
Par la calme fraîcheur des pièces d'eau voisines;
On sent dans l'air du lilas neuf et des glycines;
Tandis qu'un astre vieux, d'or détérioré,
Émerge, puis un autre un peu moins incolore.
Or les jeunes étoiles ont aussi jailli;
Alors, honteux du premier astre trop vieilli,
Voilà le ciel soudain qui le réincorpore!
XIV.
Mon coeur s'est affligé du départ des nuages,
Navires indolents, cygnes appareilleurs,
Eux qui partent sans cesse et qui s'en vont ailleurs
Et vivent la bonne aventure des voyages.
Bohémiens des crépuscules, ils s'en vont,
Clairs fichus! Au hasard erre la caravane…
Ils sont tout assombris dès que le ciel se fane,
Et ce sont les pays traversés qui les font.
Ô petite nuée, au vent, qui se modèle
Sur la forme d'un astre ou d'un continent blond
Que, dans sa course molle, elle admire en surplomb;
Ciel du soir où chaque île a vu sa soeur jumelle!