C'est de toujours partir qu'on est toujours changeant!
Beaux nuages, brume frêle qui s'abandonne!
Moi je vis comme un arbre — et me sens monotone…
Ah! se quitter enfin soi-même, en voyageant.
Partir! Être le nuage qui se disperse,
Qui se livre, docile, au vent, aux tours, aux mâts;
Ne vouloir être aussi que selon les climats
Et selon la douceur de l'heure qu'on traverse.
Recommencer sa vie en la changeant! Oui, c'est
Se refaire une autre âme en face d'autres fleuves;
Se sentir toujours neuf devant des roses neuves;
S'éveiller chaque jour comme si l'on naissait!
Mais qu'est-ce une autre terre, une autre floraison,
Et le temps qui chemine avec d'autres visages?
C'est dans soi qu'on peut voir les plus beaux paysages,
Faible âme, qu'aimantait ce départ d'horizon!
Le voyage est un leurre; on cesse jour à jour
D'être soi, pour changer selon le site et l'heure;
Ne vas-tu donc pleurer que si la source pleure,
Et ne penser à Dieu que si tinte une tour?
Sois toi-même en restant dans ta maison fermée,
Au lieu de devenir un autre à chaque adieu;
Bonheur subtil d'orner en soi sa destinée
D'un voyage qu'on rêve et qui n'a pas eu lieu!
L'ÂME SOUS-MARINE
I.
Donc on a l'air de vivre et de mirer la vie,
Et d'être une eau docile où le couchant s'enflamme,
Une eau candide où le matin se clarifie,
Comme si l'Univers cessait au fil de l'âme.
Oui! c'est vrai que notre âme est pleine de reflets:
Arbres, visages, ciels, maquillant sa surface,
Et les astres qui sont comme des feux follets,
Et tout ce que la vie à sa surface enchâsse.