[64]: Comment expliquer cette prétendue alliance, quand Romulus lui-même, sorti du sang des rois d'Albe, vengeur de Numitor auquel il avait rendu le trône, ne put trouver de femmes chez les Albains. (Vico).
[65]: Le nombre, chose la plus abstraite de toutes, fut la dernière que comprirent les nations. Pour désigner un grand nombre, on se servit d'abord de celui de douze, de là les douze grands dieux, les douze travaux d'Hercule, les douze parties de l'as, les douze tables, etc. Les Latins ont conservé, d'une époque où l'on connaissait mieux les nombres, leur mot sexcenti, et les Italiens, cento, et ensuite cento e mille, pour dire un nombre innombrable. Les philosophes seuls peuvent arriver à comprendre l'idée d'infini. (Vico).
[66]: Il est à croire qu'au temps de la guerre de Troie, le nom de αχαιοι, achivi, était restreint à une partie du peuple grec, qui fit cette guerre; mais ce nom s'étant étendu à toute la nation, on dit au temps d'Homère que toute la Grèce s'était liguée contre Troie. Ainsi nous voyons dans Tacite que ce nom de Germanie, étendu depuis à une vaste contrée de l'Europe, n'avait désigné originalement qu'une tribu qui, passant le Rhin, chassa les Gaulois de ses bords; la gloire de cette conquête fit adopter ce nom par toute la Germanie, comme la gloire du siège de Troie avait fait adopter celui d'achivi par tous les Grecs. (Vico).
[67]: Nous avons observé dans la table chronologique que cette époque est pour l'histoire grecque celle de la plus grande lumière, comme pour l'histoire romaine l'époque de la seconde guerre punique; c'est alors que Tite-Live déclare qu'il écrit l'histoire avec plus de certitude; et pourtant il n'hésite point d'avouer qu'il ignore les trois circonstances historiques les plus importantes. Voyez la table chronologique. (Vico).
[68]: Les premiers hommes étant presque ainsi incapables de généraliser que les animaux, pour qui toute sensation nouvelle efface entièrement la sensation analogue qu'ils ont pu éprouver, ils ne pouvaient combiner des idées et discourir. Toutes les pensées (sentenze) devaient en conséquence être particularisées par celui qui les pensait, ou plutôt qui les sentait. Examinons le trait sublime que Longin admire dans l'ode de Sapho, traduite par Catulle: le poète exprime par une comparaison les transports qu'inspire la présence de l'objet aimé,
Ille mi par esse deo videtur,
Celui-là est pour moi égal en bonheur aux dieux même....
la pensée n'atteint pas ici le plus haut degré du sublime, parce que l'amant ne la particularise point en la restreignant à lui-même; c'est au contraire ce que fait Térence, lorsqu'il dit:
Vitam deorum adepti sumus,
Nous avons atteint la félicité des dieux.
ce sentiment est propre à celui qui parle, le pluriel est pour le singulier; cependant ce pluriel semble en faire un sentiment commun à plusieurs. Mais le même poète dans une autre comédie porte le sentiment au plus haut degré de sublimité en le singularisant et l'appropriant à celui qui l'éprouve,
Deus factus sum, je ne suis plus un homme, mais un Dieu.