[434] Ibid., l. II, ch. VI, Mon. Germ., t. XIII, p. 455.—L'évêque Sonnace, mourut le 20 octobre 631, et Landon le 14 mars 649.

Il faut aussi sans doute identifier avec cette église l'«ecclesia Sancti Petri quæ est infra muros urbis Remensis» de la Vie de sainte Clotilde[435]. Peut-être cependant, à la date assez tardive où écrivait l'auteur de cette vie, s'était-il déjà produit avec l'église Saint-Pierre-le-Vieil une confusion que nous verrons prendre corps à une époque plus avancée du moyen âge.

[435] Mon. Germ., Scriptores rerum merovingicarum, t. II; Rec. des hist. de la France, t. III, p. 401.

La multiplicité des églises et des chapelles consacrées à saint Pierre, qui existaient jadis à Reims, en rend souvent la distinction très difficile. Ainsi, quand l'auteur de la Vita sancti Gildardi, composée vers le dixième siècle et récemment mise en lumière par les Bollandistes[436], parle de la «basilica Sancti Petri quæ nunc dicitur ad palatium», nous ne saurions dire au juste quel édifice il a en vue. En raison de la date de ce texte, nous inclinons à croire qu'il s'agit ici de la chapelle du palais de l'archevêché.

[436] Analecta Boll., t. VIII, p. 397.

A la fin de la période carolingienne, il s'est produit une opinion qui voulait associer au récit du baptême de Clovis le souvenir d'une ancienne église dédiée à saint Pierre. Elle n'a aucune valeur traditionnelle et est née d'une méprise qui s'est manifestée postérieurement à Hincmar. Ni Grégoire de Tours ni Hincmar ne laissent supposer que Clovis ait été baptisé dans une basilique de Saint-Pierre. Hincmar nous représente seulement, ainsi que nous l'avons vu, Clovis, à la veille de son baptême, conférant avec saint Remi dans l'«oratorium Sancti Petri», contigu à ses appartements. Ce passage a été la source de toute l'erreur. On a retenu vaguement, un peu plus tard, ce nom de saint Pierre; on en a exagéré la portée, et l'on en a fait à tort l'application au lieu du baptême de Clovis. Et l'auteur de la Vie de sainte Clotilde, par exemple, est venu nous dire que la pieuse reine avait une grande prédilection pour l'église de Saint-Pierre, parce que son époux y avait reçu la grâce du baptême: «Hanc itaque ecclesiam cunctis diebus quibus advixit, multum dilexit et excoluit, pro eo quod vel suus rex Ludovicus in ea sancti baptismatis gratiam accepit[437].» Il se fait ici évidemment l'écho, non d'une tradition sérieuse, mais d'une conjecture erronée. Au reste, cette Vie de sainte Clotilde n'est qu'une compilation sans caractère original, rédigée vers le dixième siècle[438]. Un autre ouvrage, qui est à peu près du même temps et n'a pas plus d'autorité au point de vue historique, la Vie de saint Gildard, semble placer aussi la cérémonie du baptême dans la «basilica Sancti Petri[439].» On aurait tort d'attribuer quelque importance à ces deux textes; ils ne prouvent rien, sinon qu'il s'était produit sur ce point, au dixième siècle, une croyance absolument fausse.

[437] Ibid.

[438] B. Krusch, Script. rerum merov., t. II, p. 341.

[439] «... In civitatem Remorum venientes, in basilica Sancti Petri, quæ nunc dicitur ad palatium, missas celebraverunt, et ea quæ Dei sunt agentes, beatus Remedius regem baptizavit, et de sacro fonte illum beatus Medardus suscepit.» Analecta Boll., t. VIII, p. 397.

L'idée du baptême de Clovis dans l'église de Saint-Pierre une fois admise, il s'est formé,—et cela dès le moyen âge,—un courant d'opinion en faveur de l'église paroissiale de Saint-Pierre-le-Vieil. Un chanoine de Reims, du dix-septième siècle, Pierre Cocquault, dans un vaste recueil historique dont le manuscrit est aujourd'hui conservé à la bibliothèque de cette ville, nous révèle à ce sujet un détail assez curieux. En l'année 1486, les paroissiens de Saint-Pierre-le-Vieil faisaient courir le bruit que Clovis avait été baptisé dans leur église. «Le 22 novembre, ajoute notre chroniqueur, leur fut imposé silence comme estant chose non véritable, car Clovis fut baptisé à l'église de Reims.» Et il fait observer, en s'appuyant sur le vocable de saint Pierre, conservé de son temps à la chapelle basse de l'archevêché, que l'oratorium Sancti Petri, indiqué par Hincmar, était dans le palais de l'évêque et à proximité de l'église cathédrale[440].