[426] «Bego hoc oratorium dirui jussit, considerans quod præ altitudine sui, quasi quodam umbraculo obnubebat prædictæ ecclesiæ fenestram, sed potius quia quadam die caput suum in superliminari ejusdem ostioli graviter eliserit, eo quod statura fuerit procerus.» Ibid., p. 177.
Cette dernière opinion permet aussi d'écarter une difficulté que l'on avait soulevée au sujet de la proximité du palais de l'évêque et du baptistère de la cathédrale où Clovis reçut le baptême. D'après la Vita Remigii d'Hincmar, saint Remi et Clovis se seraient rendus en grande pompe du palais au baptistère, au milieu des hymnes et des cantiques, à travers les rues somptueusement décorées[427]. Pour qu'une telle procession ait pu avoir lieu, il faut supposer une certaine distance entre le point de départ et le lieu d'arrivée, condition qui ne se trouve point réalisée, si l'on admet un baptistère voisin de la cathédrale, et par conséquent trop rapproché du palais[428]. On peut répondre, il est vrai, que le récit d'Hincmar n'a pas la valeur d'une source originale. Toute sa narration est empruntée, en substance, à Grégoire de Tours par l'intermédiaire des Gesta Francorum[429]; il y a seulement ajouté des traits légendaires et des développements de pure imagination[430]. Il ne peut donc fournir la matière d'une objection sérieuse. Mais le récit de Grégoire de Tours mérite plus d'égards, et s'il ne parle pas expressément d'un cortège, les termes dont il se sert paraissent du moins y faire allusion. Il nous représente la ville en fête, les grandes rues et les églises richement pavoisées: «Velis depictis adumbrantur plateæ, ecclesiæ cortinis albentibus adornantur[431].» Ces décorations ont dû être faites sur le passage de Clovis; or, entre l'évêché et le baptistère, il n'y avait pas de place suffisante pour qu'un cortège pût se déployer; on n'avait qu'un faible espace à franchir, et l'on ne rencontrait sur son chemin ni ces rues, ni ces églises qui avaient pris une si brillante parure. Au contraire, si l'on admet que le roi des Francs, avec sa suite, est parti de son palais, de la domus regia de la porte Basée, en suivant, pour gagner la cathédrale, la grande rue qui conduisait jusqu'au centre de la cité, alors tout s'explique, la cérémonie s'accomplit d'une façon très naturelle, la procession peut être admise et n'est plus l'objet d'aucune discussion[432].
[427] «Eundi via ad baptisterium a domo regia præparatur, velisque atque cortinis depictis ex utraque parte prætenditur et desuper adumbratur. Plateæ sternuntur et ecclesiæ componuntur... Sicque, præcedentibus sacrosanctis evangeliis et crucibus, cum ymnis et canticis spiritalibus atque letaniis, sanctorumque nominibus acclamatis, sanctus pontifex, manum tenens regis, a domo regia pergit ad baptisterium, subsequente regina et populo.» Ch. IV, 62, AA. SS. Boll., octobre, t. I, p. 146. Flodoard n'a fait que copier ce passage, Hist., l. I, ch. XIII.
[428] Notice sur le Baptême de Clovis, par M. le chanoine Cerf (1891), p. 6 et suiv.
[429] H. Schrörs, Hinkmar Erzbischof von Reims, p. 448.
[430] Pour ce qui concerne le récit de la cérémonie; quant au lieu de la résidence de Clovis et à l'oratoire de Saint-Pierre, il paraît, comme nous l'avons dit, s'inspirer de traditions locales.
[431] Hist. Francorum, l. II, ch. XXXI.
[432] Le P. Jubaru, l. cit., p. 316-317.
Nous avons attribué plus haut à l'église de la porte Basée, et non à la chapelle du palais, le legs fait dans le grand testament de saint Remi «ecclesiæ Sancti Petri infra urbem.» C'est à elle aussi que nous assignons le legs de trois sous d'or fait au septième siècle par l'évêque Sonnace «ad basilicam Sancti Petri in civitate[433],» et le don de l'évêque Landon à l'église «Sancti Petri ad cortem[434].» Cette cortis est bien incontestablement la curtis dominica nommée dans le grand testament.
[433] Flodoard, Hist., l. II, ch. V, Mon. Germ., t. XIII, p. 454.