Je lui emprunte le texte de ce passage d'après les deux manuscrits conservés à la Bibliothèque nationale de Paris, parce qu'il a été défiguré d'une manière fort arbitraire par les conjectures de M. Krusch dans l'édition des S. R. M.

Ms. 17002, fonds latin. Ms. 3809, fonds latin.
Eodem tempore quosse ad Eodem vero tempore ad fluvium
fluvium quorundam pacis mediante quendam pacis mediante
concordia duorum regum concordia duorum regum potencia,
supersticiosa complexa potentia id est Burgundionum et
id est Burgondionum genus et Francorum, convenit ac regem
Francorum hec rege Gundobado Gondebadum precellentissimus
precellentissimus rex Francorum rex Francorum Clodoveus suppliciter
Clodoveus suppliciter exoravit exoravit ut beatissimum
ut hunc beatissimum virum virum Dei Eptadium civitati sue
Dei Eptadium civitatis sue Autissiodorensi concederet antistitem
autisiodorense prestaret antestitem ordinandum.
ordinandum.

On trouve de bons renseignements sur le culte local de ce saint dans Henry, Vie de saint Eptade, Avallon, 1863.

Sainte Geneviève de Paris (3 janvier).—Cette vie a été diverses fois rééditée depuis 1643, qu'elle a paru dans le 1er volume des Acta Sanctorum des Bollandistes. Trois éditions critiques en ont paru coup sur coup dans les vingt dernières années: celle de M. Ch. Kohler (Etude critique sur le texte de la vie latine de sainte Geneviève de Paris, dans le 48e fascicule de la Bibliothèque de l'École des Hautes Études, Paris, 1881), celle de M. l'abbé Narbey (Quel est le texte de la vie authentique de sainte Geneviève? Étude critique suivie de sa vie authentique et de la traduction, dans le Bulletin d'histoire et d'archéologie du diocèse de Paris, 1884), et enfin celle de M. Krusch dans S. R. M., t. III, 1896. Ces savants sont totalement en désaccord sur le point de savoir comment il faut établir le texte de la vie. M. Kohler, qui en a étudié vingt-neuf manuscrits, les classe en quatre familles dont la première représente, selon lui, le texte le plus ancien, diversement interpolé ou altéré dans les trois autres familles. Selon M. Narbey, au contraire, suivi par M. Krusch, le plus ancien se retrouverait dans les manuscrits de la seconde famille de M. Kohler, et c'est d'après ceux-ci, dont le nombre est porté à treize par les recherches de M. Krusch, que ce dernier, comme M. Narbey lui-même, a établi son texte. Cette discussion n'est pas close d'une manière définitive, car, comme le fait remarquer Mgr. Duchesne, rien n'empêche que les manuscrits de la deuxième famille Kohler, tout en présentant un texte moins altéré au point de vue de la langue et de l'orthographe, ne fût-ce que parce qu'ils sont en général plus anciens, aient été d'autre part l'objet des interpolations dont les manuscrits de la première famille Kohler sont exempts d'après ce dernier éditeur. On ne peut donc pas dire que malgré tous les travaux sur ce document hagiographique, nous soyons aujourd'hui en possession d'une édition définitive. MM. Kohler et Krusch ont d'ailleurs mis parfaitement en lumière, chacun dans un sens opposé, les indices qui plaident en faveur de l'antériorité de l'une et de l'autre des deux familles.

La question de la date à laquelle fut composée la vie de sainte Geneviève présente une importance capitale. L'auteur, qui avoue n'avoir pas connu la sainte, nous dit qu'il écrit dix-huit ans après la mort de celle-ci, c'est-à-dire, par conséquent, en 519 ou 520. C'est sur la foi de cette affirmation qu'on a été à peu près unanime à considérer son travail comme ayant la valeur d'une œuvre presque contemporaine. Toutefois, certaines assertions de l'auteur, qui semblaient difficiles à concilier avec ce que nous savons de l'histoire des Mérovingiens, et en particulier les épisodes où il est parlé de Childéric et du siège de dix ou cinq ans soutenu par la ville de Paris contre les Francs, avaient déjà inspiré de la défiance à Adrien de Valois (Rerum Francicarum, libri VIII, Paris, 1646, t. I, pp. 317-319), sans que cependant il s'avisât de contester l'authenticité du document. Bollandus, lui, n'avait pu se persuader totalement que la Vie qu'il publiait était le texte primitif (Eademne tamen sit quæ est in manibus ingenue fateor mihi non liquere, p. 137), mais ces doutes, exprimés en passant, avaient été peu remarqués. Vers la fin du dix-septième siècle, le génovéfain Claude du Molinet, dans son Histoire de sainte Geneviève et de son abbaye royale et apostolique, conservée en manuscrit à la bibliothèque de Sainte-Geneviève à Paris, et, quelque temps après lui, Claude du Moulinet, abbé des Tuileries, dans une Lettre critique sur les différentes Vies de sainte Geneviève, également en manuscrit à la même bibliothèque, émirent l'opinion que l'ouvrage était tout au plus du neuvième siècle. Mais ces deux livres, n'ayant jamais vu le jour, restèrent sans influence sur la conviction générale; au surplus, tous les deux partaient d'un faux point de vue en prenant le texte de la quatrième famille Kohler, rempli d'interpolations et d'anachronismes, pour le texte original. Enfin, un protestant suédois du nom de Wallin porta la question devant le public dans une véhémente dissertation intitulée: De sancta Genovefa..... disquisitio historico-critico-theologica, Wittenberg, 1723, in 4º. Pour Wallin, qui travaillait selon l'esprit des centuriateurs de Magdebourg et avec une rare absence de sérénité scientifique, l'auteur de la Vie était un faussaire du neuvième siècle qui l'avait inventée de toutes pièces, et il n'était pas même certain que sainte Geneviève eût jamais existé (si qua unquam fuit, p. 55). Wallin alléguait contre l'authenticité divers arguments dont quelques-uns ne laissent pas d'être spécieux, mais il était beaucoup plus faible dans la réfutation de ceux qu'on alléguait en sa faveur; c'est ainsi que, d'après lui, si l'auteur parle une langue manifestement mérovingienne, c'est une ruse de plus pour se donner un vernis d'antiquité. L'opinion de Wallin était d'ailleurs restée sans écho jusqu'à nos jours, et un seul érudit à ma connaissance, M. L. Lœning, dans sa Geschichte des deutschen Kirchenrechts, Strasbourg, 1878 (t. II, p. 6, note) avait cru devoir, mais sans insister, lui contester le caractère de source historique pour l'époque mérovingienne. Le vrai débat ne commença en réalité que lorsqu'en 1893 M. B. Krusch se jeta dans l'arène avec sa retentissante dissertation intitulée hardiment: Die Faelschung der Vita Genovefae, Neues Archiv., t. XVIII.

Reprenant la thèse de Wallin, que d'ailleurs il ne mentionnait pas[363], mais en s'appuyant sur une connaissance approfondie des manuscrits, il concluait, comme le Suédois, que l'auteur est un audacieux faussaire, moine de sainte Geneviève. Ce moine aurait écrit vers 767, et aurait tiré toute l'histoire de sainte Geneviève de sa cervelle, en vue de créer à son abbaye des titres de possession sur certaines terres disputées par elle à l'église de Reims. Cette thèse si aventureuse, et dont la démonstration laisse tant à désirer, a rallié tout de suite M. Wattenbach, qui s'est empressé de qualifier le Vita Genovefæ d'impudente fiction, freche Faelschung (Voir Deutschlands Geschichtsquellen im Mittelalter, 6e édition, t. II, p. 498.) M. Krusch a trouvé un redoutable contradicteur dans Mgr Duchesne, qui réfute point par point l'argumentation du savant archiviste de Bresslau, et qui maintient avec énergie la date traditionnelle donnée par l'hagiographe lui-même (La vie de sainte Geneviève est-elle authentique? dans la Bibliothèque de l'École des Chartes, t. 54, 1893). M. Krusch lui a répondu assez faiblement dans une dissertation intitulée, plus modestement, cette fois: Das Alter der Vita Genovefæ (Neues Archiv, t. XIX, 1894), où il maintient, d'ailleurs, toutes ses positions. Deux années plus tard, dans la préface qu'il a mise en tête de son édition du Vita (Scriptores Rerum Merovingicarum, t. III.), il rompait une nouvelle lance en faveur de sa thèse et ajoutait quelques arguments à ceux qu'il avait présentés en 1893, ce qui provoqua une courte réplique de Mgr Duchesne dans le Bulletin critique de 1897. Enfin, en 1898, M. Ch. Kohler à son tour entrait en lice avec une solide dissertation intitulée: La vie de sainte Geneviève est-elle apocryphe? (Revue historique, t. 67, 1898), où il battait en brèche la classification des manuscrits faite par M. Krusch et soutenait que le passage relatif à Saint-Denis, qui se trouve dans la recension considérée par M. Krusch comme l'original, était une interpolation. A la suite de cette longue discussion, le critique bollandien qui s'est constitué juge des coups, et dont les articles très judicieux ont reflété avec la plus grande sincérité l'impression mêlée que produisait l'argumentation des divers contradicteurs (Analecta Bollandiana, t. XII, p. 470; XIV, pp. 334-335; t. XVI, p. 87) a finalement abandonné M. Krusch (t. XVI, p. 368), malgré la sympathie visible que lui inspirait la vigoureuse polémique du savant allemand[364]. Moi-même, s'il m'est permis de me citer, après un nouvel et consciencieux examen de la question, j'ai abandonné l'opinion mitoyenne que j'avais formulée dans l'Histoire poétique des Mérovingiens, p. 503, et dans l'appendice de la première édition du présent livre, p. 601. Loin de faire un pas de plus du côté de la thèse de M. Krusch, comme celui-ci l'espérait (S. R. M., III, p. 685), je me suis convaincu que mes raisons pour admettre un certain remaniement du Vita au neuvième siècle étaient, en grande partie, écartées par la démonstration de Mgr Duchesne et de M. Kohler, et je vois contre la thèse de M. Krusch d'autres raisons que je me propose d'exposer prochainement.

[363] Dans la première édition de ce livre, p. 600, j'avais cru pouvoir conclure de ce silence à l'endroit de son prédécesseur que M. Krusch ignorait le travail de Wallin. Depuis lors, M. Krusch a protesté contre cette hypothèse (S. R. M., t. III, p. 686): il n'a pas ignoré l'écrit en question, dit-il, mais ad rem ea fere nihil facit, cum auctor doctissimus Carpentarii usus editione recensionem falsam esse demonstraverit. Cette raison me paraît étrange; quelle qu'ait été l'opinion de Wallin, trompé comme du Molinet et du Moulinet sur le texte original de la Vie, il est certain que ce n'est pas à une recension de celle-ci, mais à la vie elle-même qu'il s'est attaqué, et cela avec des arguments que M. Krusch n'a pas dédaigné de lui emprunter tacitement.

[364] Je serais reconnaissant à M. Krusch de ne pas me dénoncer outre-Rhin comme un ennemi de la science allemande parce que je lui donne, comme à d'autres de ses compatriotes, le double qualificatif de savant allemand, ainsi qu'il l'a fait dans le Neues Archiv, t. XX, p, 511. Tous ses amis français lui diront que l'emploi d'une pareille expression n'implique nullement les noires intentions qu'il m'a attribuées.

Mais, de ce qu'il reste établi que la Vie a bien été écrite au sixième siècle, il ne s'ensuit nullement qu'elle mérite d'être crue sur parole dans toutes ses parties. Il est certain qu'écrivant, comme il le dit, dix-huit ans après la mort d'une sainte qui en a vécu plus de quatre-vingts, et, de plus, ne la connaissant que par une tradition qui avait dû, sur plus d'un point, subir l'influence de l'enthousiasme populaire pour elle, il a pu introduire dans son récit des amplifications et des légendes, tout spécialement dans l'histoire de l'enfance et de la jeunesse de son héroïne. Faire le départ de cet élément légendaire et du fond historique de la vie sera toujours un travail difficile, sinon impossible, en l'absence de presque tout moyen de contrôle, et on devra continuer de se servir des données du Vita avec une certaine réserve. C'est avec les mêmes restrictions qu'il faut signaler les principales vies modernes de la sainte, à savoir celle de Saintyves: Vie de sainte Geneviève, patronne de Paris et du royaume de France, Paris, 1846, qui reste la meilleure; celle de l'abbé Vidien, Sainte Geneviève, patronne de Paris et son influence sur les destinées de la France, Paris, 1889; et celle de M. l'abbé Lesètre, Sainte Geneviève, Paris, 1900 (Collection Les Saints), qui, toutes les deux, pèchent par l'insuffisance de la critique.

Saint Fridolin, abbé de Saeckingen (6 mars).—La vie de ce saint, écrite au dixième siècle par un moine de Saeckingen nommé Balther, et dédiée à Notger de Saint-Gall, se trouve au tome I de mars des Bollandistes, au tome I de Mone, Quellensammlung der badischen Landesgeschichte, Karlsruhe, 1848, et au tome III des Scriptores Rerum Merovingicarum. D'après ceux-là, il s'agirait de Notger le Bègue; d'après M. Krusch, de Notger à la Lèvre.