§ III.—LOI SALIQUE
La plus ancienne rédaction latine de la Loi salique paraît être due à Clovis. Avant lui, cette loi était déjà arrêtée et fixée dans un ensemble de formules non écrites, mais confiées à la mémoire, et conçues dans l'idiome germanique des Francs. Cette rédaction germanique primitive, non mise par écrit, c'est évidemment celle qui fut l'œuvre des quatre prud'hommes, au dire de la tradition franque. Faite en terre germanique et par un peuple qui ne connaissait encore les Romains que comme des ennemis, elle ne pouvait être qu'en langue franque[366]. Il s'en est conservé de curieux vestiges dans les gloses malbergiques ajoutées au texte de la loi par plusieurs manuscrits. Cf. Kern, Notes on the Frankish words in the Lex salica, dans Hessels et Kern, Lex salica, pp. 433-435.
[366] C'est l'idée qui est à la base des traditions, et lorsque celles-ci disent que les auteurs de la loi la firent outre-Rhin, elles se trompent sans doute au point de vue géographique, mais elles ne font qu'accentuer l'origine toute germanique de la loi.
Tout porte à croire que la première rédaction latine de la loi et sa mise par écrit sont du temps de Clovis. Le Grand Prologue de la loi, sans le dire explicitement, marque cependant en termes formels le souvenir de l'activité législative de ce roi; l'épilogue parle également de Clovis, bien qu'il ne le nomme pas, et tous les deux ajoutent qu'il a fait des additions à la loi. Celle-ci ne peut donc pas être postérieure à Clovis, puisqu'il l'a complétée; elle ne lui est pas antérieure non plus, puisqu'on ne prononce le nom d'aucun de ses prédécesseurs. Comme elle ne présente pas la moindre trace d'influence chrétienne, il semble bien qu'elle ait été rédigée avant la conversion des Francs au christianisme. Le Grand Prologue dit formellement que la nation franque fit sa loi dum adhuc teneretur barbara. Il est vrai qu'il semble faire ici allusion à la rédaction germanique; mais le manuscrit de Leyde se réfère à la rédaction de Clovis lorsqu'il écrit: Non est sacramentum in Francos; quando illi legem composuerunt, non erant christiani.
On croit retrouver la rédaction de Clovis dans le texte où la Loi salique se compose de soixante-cinq titres, dont le dernier est intitulé: De caballo excorticato. Ce texte est celui du manuscrit 4404 de la Bibliothèque de Paris, qui est donné pour le plus ancien dans les éditions de Pardessus, de Merkel et de Hessels. L'épilogue dit en termes formels que le roi des Francs, qu'il ne nomme pas et qui paraît être Clovis, ajouta trois titres à la loi, et que dès lors il y en eut soixante-huit. Le manuscrit de Leyde contient une notice disant que les quatre prud'hommes auteurs de la Loi salique se sont arrêtés au titre de mitio fristito; or ce titre est, en effet, le soixante-sixième dans le manuscrit 4404 de Paris, qui contient le texte original de la première rédaction latine.
Il est difficile de marquer avec précision le moment du règne de Clovis où eut lieu la rédaction de la Loi salique; toutefois, puisque d'une part elle paraît antérieure à sa conversion au christianisme, et que de l'autre le titre 47 indique la Loire et la Charbonnière comme limites des Francs qui se servent du texte latin, il semble bien qu'il faille placer la date de la rédaction entre 491 et 496.
La loi salique a été fréquemment éditée. Les divers textes de cet important monument législatif, y compris la Lex emendata de Charlemagne, ont été réunis par Pardessus, La loi salique, Paris, 1843, qui les a fait suivre de dissertations sur les principales questions qui s'y rapportent. A côté de ce remarquable ouvrage, qui n'a rien perdu de sa valeur, il faut placer l'édition synoptique de Hessels, Lex salica, the ten texts with the glosses and the lex emendata, with notes on the frankish words in the lex salica by H. Kern, Londres, 1880. Quant au texte primitif, il a été édité séparément par Waitz, Das alte Recht der salischen Franken, Kiel, 1846; par Merkel, Berlin, 1850; par J.-F. Behrend, Berlin, 1874. Une seconde édition du travail de J.-F. Behrend a été publiée en 1897 à Weimar, par son fils, R. Behrend.
§ IV.—LETTRES
1. LETTRE DE CLOVIS AUX ÉVÊQUES DE SON ROYAUME
Sirmond, Concilia Galliæ, t. I, Paris, 1629, p. 176.—Dom Bouquet, IV, p. 54.—M. G. H., Boretius, Capitularia Regum francorum, t. I, Hanovre, 1883, p. 1.