[370] Voy. l'explication proposée par Suysken, AA. SS. Boll., octobre, t. I, p. 83.
[371] Elle est formulée pour la première fois dans la Vie de saint Vaast et dans la Chronique dite de Frédégaire. Ces deux ouvrages ont été composés vers 642 (Krusch, l. cit., p. 440; G. Kurth, L'histoire de Clovis, d'après Frédégaire, dans la Revue des questions historiques, t. XLVII (1890), p. 62.)
[372] Historia Francorum, l. II, chap. XXXI.
[373] Krusch, l. cit., p. 442.
[374] Sur la valeur de Grégoire de Tours comme historien, voyez le savant travail de M. Kurth sur les Sources de l'histoire de Clovis dans Grégoire de Tours, dans la Revue des questions historiques, t. XLIV (1888), p. 386; cf. G. Monod, Études critiques sur les sources de l'histoire mérovingienne.
C'est à tort aussi que l'on refuse toute autorité à la Vie de saint Vaast, qui place très nettement le baptême à Reims, et dont le témoignage a été fréquemment invoqué à ce sujet. Sans doute cette vie a été écrite vers 642, à une date notablement postérieure aux événements qu'elle relate; mais elle paraît s'appuyer en certains points sur d'antiques traditions locales. Il en est ainsi pour l'épisode de la guérison d'un aveugle opérée par saint Vaast près du village de Rilly, après qu'il eut franchi la rivière d'Aisne en compagnie de Clovis, «in pago Vongise, ad locum qui dicitur Grandeponte, juxta villam Reguliacam, super fluvium Axona.» C'était bien une tradition du pays; une église avait été élevée dans cet endroit, en souvenir du miracle, et elle existait encore au onzième siècle, ainsi que l'atteste un chroniqueur de cette époque[375]. Le pont dont il est ici question donnait passage sur la rivière à la voie romaine de Trèves à Reims, que Clovis n'avait qu'à suivre pour se rendre en cette dernière ville. Suivant l'itinéraire indiqué par notre hagiographe, après sa victoire sur les Alamans, il avait d'abord passé par Toul, puis avait remonté vers le nord et s'était dirigé du côté de l'Aisne et du pays de Voncq[376]. On s'est étonné de lui voir prendre un chemin si peu direct; ce voyage a semblé fort invraisemblable, et l'on a voulu en tirer un argument contre l'authenticité du récit[377]. Mais si étrange que ce détour paraisse, il a pu être déterminé par un motif qui nous est inconnu[378], et nous ne voyons pas de raisons suffisantes pour nous inscrire en faux, et pour rejeter d'une façon absolue toutes les données fournies par la Vie de saint Vaast.
[375] L'auteur des Gesta episcoporum Cameracensium, l. 1, ch. VI: «Cernitur usque in hodiernum ecclesia», dit-il (éd. Colvener, p. 19); voy. aussi AA. SS. Boll., février, t. I, p. 797, note. Il faut observer toutefois qu'il paraît faire ici un emprunt à la Vie de saint Vaast, composée par Alcuin (ibid., p. 796), dont il reproduit certaines expressions. Quoi qu'il en soit, l'existence de l'église est très réelle; l'église du village de Rilly-aux-Oies avait hérité du vocable de saint Vaast, et le conservait encore au dix-septième et au dix-huitième siècle. Un document de 1774 constate qu'on y venait en pèlerinage pour invoquer ce saint (Archives de Reims, fonds de l'archevêché, G. 231, doyenné d'Attigny; cf. Inventaire sommaire, série G, t. I, p. 300).
[376] Cf. von Schubert, Die Unterwerfung der Alamannen unter die Franken, p. 169.
[377] Krusch, l. cit., p. 430.
[378] Le R. P. Jubaru, dans l'excellent article qu'il a publié sur le baptême de Clovis (Études religieuses, t. LXVII, 15 février 1896, p. 297 et suiv.), présente une explication fort ingénieuse. La ville d'Attigny, située non loin de Voncq, au bord de l'Aisne, aurait été dès lors un domaine royal, et l'une des résidences préférées du monarque. S'il en est ainsi, celui-ci a très bien pu, à l'issue de sa campagne, venir y faire un séjour, et pour s'y rendre en arrivant de Toul, il devait forcément passer l'Aisne à l'endroit désigné par l'auteur de la Vie de saint Vaast. C'est à Attigny que Clotilde aurait mandé en secret saint Remi, pour achever l'instruction religieuse de son époux et pour le décider à recevoir le baptême, et de là, une fois la résolution prise, Clovis et sa suite auraient gagné Reims directement par la voie antique de Trèves. Cette hypothèse est, à première vue, assez séduisante; malheureusement, elle pèche par la base, car Attigny n'est entré dans le domaine royal que beaucoup plus tard, sous le règne de Clovis II. Helgaud dans son Epitoma vitæ Roberti regis (Duchesne, Hist. Francorum script., t. IV, p. 59), nous apprend que Liébaud, abbé de Saint-Aignan d'Orléans, avait cédé à Clovis II la terre d'Attigny, «agellum Attiniacum, cum cunctis sibi adjacentibus, super Axonam fluvium situm», en échange du domaine de Fleury-sur-Loire (voy. Murlot, Metrop. Remensis hist., t. II, p. 227; Mabillon, De re diplomatica, p. 248). En présence d'un texte aussi formel, il est impossible de faire remonter le palais royal d'Attigny jusqu'aux premiers Mérovingiens.