Ainsi, sans vouloir pénétrer plus avant dans le débat, nous nous en tenons à l'opinion admise jusqu'ici par la très grande majorité des historiens, et malgré les objections qu'on lui a opposées, nous pensons qu'elle a toutes les probabilités pour elle. Avec les érudits du dix-septième et du dix-huitième siècle, avec Junghans[379], avec M. Kurth[380], nous admettons que les prétentions de Reims sont fort légitimes, et que cette ville a été véritablement le berceau de la France chrétienne.

[379] Geschichte der frankischen Kœnige Childerich und Chlodovech, p. 57.

[380] L. cit., p. 415.

Après avoir reconnu que Clovis se rendit à Reims pour recevoir le baptême, il est permis de serrer de plus près la question topographique, et de rechercher en quel endroit il a dû être logé pendant son séjour, et dans quelle église il a embrassé la foi catholique.

Plusieurs opinions sont ici en présence. Dans la dissertation que nous avons publiée à ce sujet, il y a quelques années[381], nous avons soutenu que le roi des Francs avait dû prendre gîte au palais épiscopal habité par saint Remi, et situé près de la cathédrale, sur l'emplacement de l'archevêché actuel. C'était là peut-être que se trouvait, à l'origine, la demeure des gouverneurs romains, qui avaient fixé leur résidence à Reims, dès le temps de Strabon[382]. L'évêque, devenu de bonne heure, à Reims en particulier, le personnage le plus important de la cité, a pu, au déclin de l'empire, prendre la place du gouverneur et s'installer dans son palais. On a découvert, à diverses reprises, dans les terrains de l'archevêché, des vestiges assez importants de constructions romaines. Au dix-septième siècle, quand on rebâtit,—hélas! dans le goût de l'époque,—la façade du palais, on découvrit à cinq ou six pieds de profondeur, en creusant des fondations, un pavé en mosaïque, et dans le voisinage, nous dit-on, «des fourneaux souterrains,» c'est-à-dire les restes d'un hypocauste[383]. Des travaux, exécutés en 1845, firent mettre de nouveau au jour une assez belle mosaïque, qui a été transportée dans l'une des chapelles de la cathédrale[384]. Ces trouvailles, sans apporter une preuve bien certaine, fournissent à notre hypothèse une présomption favorable. L'existence d'un édifice important par lui-même et par les souvenirs qui s'y rattachaient, n'a peut-être pas été étrangère au choix que fit l'évêque saint Nicaise de cet endroit pour y élever, au commencement du cinquième siècle, son église cathédrale, in arce sedis ipsius,—ce sont les expressions mêmes dont se sert l'auteur de la vie de ce prélat[385].

[381] En 1896, dans le Clovis de M. Kurth, appendice II, p. 616 à 628, et dans les Travaux de l'Académie de Reims, t. XCVII, p. 269 à 291.

[382] L. IV; voy. Cougny, Extraits des auteurs grecs concernant la géographie et l'histoire des Gaules, t. I, p. 128.

[383] Note de Lacourt, chanoine de Reims, dans Varin, Archives administratives de Reims, t. I, p. 724; Tarbé, Reims, p. 306.

[384] Ch. Loriquet, La mosaïque des Promenades et autres trouvées à Reims, dans les Travaux de l'Académie de Reims, t. XXXII (1862), p. 117, et pl. 3, fig. 4 et 5.

[385] Vita sancti Nichasii, ms. de la bibliothèque de Reims, K 792/772 (XIIIe siècle), fol. 3 rº.