Là s'élevait autrefois un château redoutable. Mais depuis longtemps il n'en restait que des débris. Les voûtes seules subsistaient encore, recouvertes de ronces et de broussailles.

Le souterrain était presqu'ignoré; mais l'Espagnol en sut trouver l'entrée, et ils arrivèrent jusqu'à la chambre d'été de la princesse.

Ils aperçurent la lueur de la lampe. Elle leur servit de guide pour s'approcher de la porte. Ils marchaient sans bruit, et respiraient à peine.

Et s'approchant encore plus, ils prêtèrent une oreille attentive: «Entends-tu, Prince. On parle bas. Si tu ne crois pas maintenant, tu ne croiras jamais.»

Le vieillard écoute, et reconnaît la voix des deux amants: au milieu des baisers et des tendres caresses, ils causaient joyeusement.

—Oh! mon ami! pourquoi es-tu embarrassé devant moi, qui suis à toi pour la vie. Le jour je suis la fille du Prince, mais la nuit je ne veux être que ton esclave.

—Ah! si au lieu d'être fille d'un roi, tu étais la plus pauvre des filles des champs, que je serais heureux! Je ne sais quels tristes pressentiments viennent se mêler à mon amour.

—Oh! mon ami! laisse là les idées sombres! Regarde-moi bien. Je ne suis plus princesse. Aux charmes du pouvoir, à l'attrait de la couronne, je préfère le bonheur de l'amour.

—Garderas-tu toujours ces sentiments? Hélas! un jour viendra pourtant où l'un des seigneurs qui t'offrent leurs hommages obtiendra ta main!

Les torrents se gonflent et s'écoulent. Les vents s'élèvent et s'abaissent bientôt. Le coeur des femmes est, dit-on, semblable aux ondes et aux vents; ton amour passera-t-il comme eux?