—Ne crains rien de tes rivaux; aucun d'eux n'obtiendra de moi cette douce parole que je t'ai donnée pour la vie.

Oui! mon amour est comme l'onde et le vent, l'onde s'écoule et le vent s'enfuit, mais ils ne cessent pas pour cela. Ainsi, mon amour renaîtra sans cesse[14].

—Je ne sais, mais je crains. Je pressens un sinistre avenir. Les unions se rompent et les alliances se brisent, quand elles ne sont pas sanctifiées par la bénédiction du ciel.

Si ton père, si le roi apprenait…» le glaive trancherait ma vie, et toi tu gémirais jusqu'à la fin de tes jours dans les horreurs d'un cachot!

—O mon ami, le ciel protégera des noeuds formés par l'amour et la fidélité. Notre bonheur, caché dans l'ombre et le silence de la nuit, ne peut redouter aucune trahison.

Viens mon ami, viens mon époux, et qu'un baiser scelle notre union.» Ses lèvres s'approchèrent des lèvres de rose de Blandine et ses craintes s'évanouirent.

Longtemps encore ils devisèrent ensemble, mêlant à leurs discours des caresses et des baisers. Le roi, furieux, voulut enfin pénétrer dans la chambre; les serrures et les verrous s'y opposaient.

Il attendit donc, semblable au chien qui guette sa proie à la sortie du terrier. Mais, après s'être enivré de tous les plaisirs de l'amour, Lenardo sentit de nouvelles terreurs.

«Réveille-toi, Princesse; le chant du coq a retenti. Laisse-moi m'éloigner avant que le jour paraisse.»

—O mon ami, reste encore, le chant du coq n'annonce que la première veille de la nuit!