Il arrache ce coeur sanglant: sa rage se change en une effrayante ironie: «Te voilà donc! Comme tu palpites! Aime-la bien! Aime-la surtout demain à la nuit!»

Pendant cette scène d'horreur, la princesse sentait un effroi qu'elle ne pouvait dompter: un sommeil lourd et agité l'accablait.

Il lui semblait voir une couronne sanglante ornée de perles de sang, un festin ensanglanté et une danse infernale.

Elle passa la journée dans son lit, abattue de tristesse et de lassitude. «Quand donc sonnera minuit, pour me ramener celui qui seul peut me consoler?»

Minuit arriva. Les astres silencieux brillaient au firmament. «Que je suis oppressée! quelles sombres terreurs! Mais, Dieu! J'entends ouvrir la porte dérobée!»

Un page, vêtu de deuil, entra, portant un flambeau, un anneau rompu et taché de sang; il les déposa devant elle et sortit.

Un page vêtu de pourpre lui succède; il dépose un vase d'or fermé d'un couvercle scellé du sceau royal.

Enfin un troisième, vêtu d'un habit d'argent, se présente, remet une lettre à la princesse tremblante, s'incline, et se retire en silence.

Glacée d'effroi, elle ouvre la lettre, la parcourt d'un oeil égaré; sa vue se trouble et s'obscurcit comme chargée d'un épais brouillard: elle tombe sans connaissance.

Bientôt rassemblant des forces convulsives, elle se relève et s'élance, elle danse en chantant. «Allons, de la joie, troubadours; de la joie, nobles dames; de la joie, nobles seigneurs!