Quelques cavaliers descendirent de cheval et passèrent un lacet autour du cou du paysan.
—Pères, bienfaiteurs! ne faites pas périr un vieillard, lâchez-le, seigneur, ne le tuez pas.
—Ah! ta langue s'est déliée, vieux sorcier! mais il est trop tard, frère, ne plaisante pas une autre fois; au bouleau!
Les opritchniks entraînèrent le paysan vers l'arbre de mort. En ce moment on entendit derrière les izbas quelques coups de fusil. Une dizaine d'hommes à pied se jetèrent, le sabre nu, sur les égorgeurs et en même temps les cavaliers de Sérébrany, débouchant par un angle de la rue, s'élancèrent, en poussant des cris, sur les opritchniks. Les gens du prince étaient deux fois moins nombreux, mais leur attaque fut si brusque et si inattendue que les opritchniks furent culbutés en un instant. Le prince lui-même désarçonna leur chef d'un coup de plat de sabre. Sans lui donner le temps de se remettre, il sauta de cheval, lui mit le genou sur la poitrine et le saisit à la gorge.
—Qui es-tu, coquin? demanda le prince.
—Et toi-même, qui es-tu? répondit l'opritchnik d'une voix étranglée et les yeux étincelants.
Le prince lui mit sur le front le canon de son pistolet.
—Réponds, misérable, ou je te tue comme un chien!
—Je ne suis pas à tes ordres, brigand, répondit l'homme à la barbe noire, sans montrer aucune crainte, tu seras pendu pour avoir osé porter la main sur les gens du Tzar!
Le chien du pistolet s'abattit, mais la pierre ne donna pas d'étincelle et l'homme terrassé resta vivant.