Le prince regarda autour de lui. Quelques opritchniks étaient étendus morts, les gens en garrottaient d'autres, le reste avait disparu.

—Attachez aussi celui-ci! dit le boyard et, regardant cette figure farouche mais intrépide, il ne put retenir un mouvement d'admiration. Quel beau gaillard! pensa-t-il, il est malheureux que ce soit un coquin.

L'écuyer Michée s'approcha du prince.

—Regarde, petit père, lui dit-il, en lui montrant un paquet de cordes terminées par des nœuds coulants. Regarde quels outils ils portent avec eux! On voit bien que ce n'est pas la première fois qu'ils font le métier d'étrangleurs et que ce sont des neveux de sorcières.

Les soldats amenèrent en ce moment au prince deux chevaux sur lesquels deux hommes étaient attachés. L'un d'eux était un vieillard dont la tête grise était couverte de cheveux crépus et le menton orné d'une longue barbe blanche; son camarade, jeune homme aux yeux noirs, paraissait avoir trente ans.

—Quels sont ces gens? demanda le prince. Pourquoi les avez-vous attachés à leurs selles?

—Ce n'est pas nous, boyard, mais les bandits qui les ont liés. Nous les avons trouvés derrière les potagers où ils étaient gardés à vue.

—Alors déliez-les et laissez-les aller!

Délivrés de leurs liens, les prisonniers étendirent leurs membres engourdis, mais, ne s'empressant pas de faire usage de leur liberté, ils restèrent à regarder ce qu'allaient devenir les vaincus.

—Écoutez, brigands, dit le prince aux opritchniks qu'on avait garrottés, dites, comment avez-vous osé prendre le nom de gens du Tzar? qui êtes-vous?