—En voilà un Mitka!

—Enfants, accourut dire un brigand, l'ataman recommence à conter des histoires du temps qu'il était sur le Volga. Tous se rassemblent autour de lui: allons vite ou nous n'aurons pas de place.

—Allons, allons écouter l'ataman, s'écrièrent les brigands.

Sur un tronc d'arbre, au pied d'un énorme chêne, était assis un homme aux larges épaules, de taille moyenne, vêtu d'un riche sarrau brodé d'or. Sa tête était couverte d'un casque rond, ayant la forme d'une calotte. A ce casque était reliée la barniza ou pèlerine en mailles d'acier qui abritait des coups de sabre la nuque, le cou et les oreilles. L'homme aux larges épaules tenait dans sa main une chegone, sorte de marteau aiguisé d'un côté et emmanché comme une hache. Dans cet attirail, il eût été difficile de reconnaître notre ancienne connaissance Vanioukha Persten. Ses yeux regardaient de tous côtés. Sous ses courtes moustaches noires, ses dents étincelaient d'une blancheur si éblouissante qu'elles paraissaient éclairer son visage. Les brigands écoutaient en silence.

—Car, voyez-vous, frères, disait Persten,—ce n'est pas une chose bien merveilleuse d'arrêter un convoi, ou de dévaliser un boyard quand on est dix contre un. Mais ce qui n'est pas commun, c'est, étant seul, de piller plus de cinquante personnes.

—En effet, c'est un peu fort, interrompirent les brigands, est-ce toi qui l'as fait?

—Je ne parle pas de moi, mais je connais un brave qui, à lui seul, arrêterait un convoi.

—Ce doit être encore ton héros du Volga?

—Lui-même, en voilà un exemple. Un bateau remontait le Volga depuis Astrakhan, traîné au moyen d'une cordelle tirée par des haleurs sur la rive. Il y avait beaucoup de monde sur ce bateau, de jeunes marchands avec des arquebuses et des sabres, le caftan déboutonné, le chapeau sur l'oreille, comme s'ils eussent été des nôtres. Pour cargaison: de l'or, des pierres précieuses, des perles, des articles d'Astrakhan et toute espèce de choses. La rive était élevée, le chemin de halage étroit et, au milieu du Volga, une île: un rocher nu, au milieu du courant, formait une pointe tranchante comme un couteau.

Voilà donc que mon brave s'informe de l'approche du bateau. Il ne dit rien à personne, part le matin, se couche entre les broussailles et ne bouge pas. Une heure s'écoule, une autre heure passe, arrivent les haleurs au nombre de vingt, les uns après les autres, penchés en avant sur leur courroie de cuir, gémissant et tirant la langue dans leurs efforts. Évidemment le bateau était lourd et la rivière rapide, difficile à remonter.