Mon brave attend qu'ils aient remonté cinquante sagènes en dessus de la pointe de la roche. Puis il bondit d'entre les buissons, coupe la cordelle d'un coup de sabre et comme les haleurs tirent de toutes leurs forces, ils tombent sur le nez. Lui avec sa massue, avec le poing frappe sur l'un et sur l'autre, tous prennent leurs jambes à leur cou! Le bateau est emporté par le courant droit sur la pointe de roches. Les marchands prennent l'alarme, personne ne pense à faire feu, ils ne songent qu'à éviter la pointe pour que le bateau ne se brise pas. Mais mon brave saisit la cordelle d'une main, de l'autre un arbre et arrête ainsi le bateau.

—Hé! vous, aûneurs de draps, marchands, jeunes braves! jetez vos sabres et vos arquebuses à l'eau, sinon je laisse aller la cordelle, et vous et votre cargaison vous allez vous briser sur la pointe.

Les marchands pensèrent bien à faire feu sur le héros, mais ils rejetèrent cette idée:—à quoi bon le tuer, il lâche la cordelle et nous sommes perdus!

Pas de remède, ils jettent leurs armes dans l'eau, mais pas toutes; ils se disent, quand tu viendras sur le pont, jeune homme, pour piller le bateau, nous te canarderons. Mais mon héros n'est pas un sot.

—Bien, dit-il, marchands, mes amours, vos armes sont au fond, allez-vous-en aussi là où vous voudrez! Ou en d'autres termes, jetez vous à l'eau!

Ils auraient voulu se révolter, mais lui, mes enfants, attacha la cordelle à l'arbre, saisit son arquebuse et commença à tirer sur eux. Alors tous, tant qu'ils étaient, sautèrent à l'eau comme des grenouilles.

Et lui, leur crie-t-il: ne nagez pas ici, mais allez de l'autre côté, sinon je vous tire comme des canards!

—Eh bien! enfants, comment trouvez-vous mon héros?

—Un brave! dirent les brigands,—un vrai brave! et qu'est-ce qu'il fit du bateau?

—Du bateau? Il enroula la cordelle autour de son bras et hala le bateau sur le sable.