—Eh bien! l'ont-ils pris?

—Ils l'avaient pris, mais il leur a glissé entre les doigts et s'est enfui. Où est-il maintenant? Dieu le sait, mais je crois qu'il ne tardera pas à regagner les bords du Volga. Celui qui vient une fois sur le grand fleuve ne peut plus rester ailleurs.

L'Ataman se tut et se mit à rêver. Les brigands réfléchissaient aussi. Leurs têtes audacieuses se penchèrent sur leurs larges poitrines; ils caressèrent en silence leurs longues moustaches et leurs barbes touffues. A quoi pensaient les braves aventuriers, assis dans la clairière, au milieu de l'épaisse forêt? A leur jeunesse perdue, quand ils auraient pu être des guerriers honorables ou de paisibles colons? au Volga argenté? ou bien à ce prodigieux héros dont Persten venait de raconter les hauts faits? ou songeaient-ils à ces deux piliers supportant une solive, appareil sinistre auquel pensait, à cette époque, toute tête proscrite?

Ataman! s'écria un brigand en courant à toute jambe vers Persten, à cinq verstes d'ici, sur la route de Rézan, il y a vingt cavaliers portant de riches armes et des caftans galonnés d'or. Leurs chevaux valent plus de cent roubles chacun.

—Où vont-ils? demanda Persten en se levant.

—Ils viennent de tourner dans la direction de la mare bourbeuse. Dès que je les ai vus j'ai couru tout droit ici à travers bois et marais.

—Allons, enfants, s'écria Persten, vingt hommes avec moi!

—Toi, Korchoun, continua-t-il en s'adressant au vieux brigand, prends-en vingt autres et allez vous mettre en embuscade près du chêne creux, vous leur couperez la route, si par hasard nous les manquions. Allons, vivement les sabres!

Persten brandit sa masse d'armes et prit un regard impérieux. Il ressemblait à un chef de guerre au milieu d'une troupe disciplinée. L'attitude des brigands changea tout à coup: de libre elle devint déférente et obéissante.

En un clin d'œil quarante hommes sortirent de la foule et se formèrent en deux bandes.