—Eh! Mitka! dit Korchoun au jeune homme des environs de Kolomna,—voilà une trique, viens avec nous, tu nous aideras, mais tâche de te fâcher!

Mitka se gratta l'oreille, prit avec indifférence, des mains du vieillard, une énorme massue, la mit sur son épaule et partit se dirigeant, à la suite de sa bande, vers le chêne creux.

L'autre bande, commandée par Persten, courut vers la mare du diable à la poursuite des cavaliers inconnus.

CHAPITRE XIV
LE SOUFFLET.

Tandis que Maliouta et Khomiak, suivis d'un détachement d'opritchniks, entraînaient l'inconnu vers la mare du diable, Sérébrany était assis à une table couverte de flacons et de verres et causait amicalement avec Godounof.

—Dis-moi donc, Boris, disait Sérébrany, qu'est-il arrivé au Tzar cette nuit? Pourquoi toute la Sloboda s'est-elle levée pour assister à un office de nuit? Est-ce que cela vous arrive souvent?

Godounof leva les épaules.

—Notre souverain, dit-il, gémit, pleure sans cesse sur ses ennemis et prie souvent pour le repos de leurs âmes. Il n'y a rien d'étonnant qu'il nous ait appelés à la prière cette nuit. Bazile le Grand, lui-même, dans sa deuxième épître à Grégoire de Naziance, dit que tous les deux jours il faut assister à l'office de nuit. Au milieu du silence, quand ni les yeux ni les oreilles n'agissent pernicieusement sur le cœur, il sied à l'âme humaine de se présenter devant Dieu.

—Boris! il m'est arrivé autrefois de voir le Tzar prier. Ce n'était pas comme aujourd'hui. Tout est différent maintenant. Et cette opritchna, je n'y comprends rien. Ce ne sont pas des moines, mais de vrais brigands. Dans le peu d'instants que j'ai passés à Moscou, j'ai entendu raconter et vu des choses si déplorables que c'est à ne pas y croire. Ils ont circonvenu le Tzar. Toi, Boris, tu l'approches, il t'aime, tu devrais lui parler de l'Opritchna.

Godounof sourit de la simplicité de Sérébrany.